Par Jean Mapou
PORT-AU-P4INCE.— Le fragile processus visant à instaurer un dialogue politique inclusif en Haïti vient de connaître un nouveau revers. L’évêque des Nippes, Mgr Pierre-André Dumas, a annoncé son retrait de toute participation à une initiative de médiation nationale, invoquant un souci de clarté, cohérence et fidélité à sa mission pastorale.
Dans une note rendue publique, le prélat assure que son engagement n’avait jamais pour ambition de proposer ou d’élaborer une solution politique à la crise multidimensionnelle que traverse le pays. Il affirme avoir répondu à des sollicitations dans un cadre strictement pastoral, cherchant à restaurer le dialogue là où il s’est rompu au sein d’un paysage politique fragmenté et profondément miné par la méfiance.
Un retrait sur fond de critiques
La décision de Mgr Dumas intervient alors que des contestations émanant de divers secteurs se multipliaient autour de son rôle. Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), de même que des personnalités politiques de premier plan, dont l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant, avaient publiquement mis en doute sa désignation, évoquant un manque de consensus et des soupçons de partialité.
Face à ces critiques, l’évêque des Nippes tient à rectifier certaines perceptions. Il affirme ne s’être jamais proposé pour le rôle de médiateur national, précisant que son nom avait été associé à cette démarche à la suite d’appels provenant de coalitions politiques, d’organisations de la société civile, de grands corps constitués ainsi que de personnalités nationales et internationales. Il dit avoir accepté ces sollicitations en communion avec l’Église, sans prétendre agir au nom de la Conférence épiscopale d’Haïti.
Une mission pastorale réaffirmée
Tout en rejetant toute affiliation politique, Mgr Dumas rappelle que sa vocation demeure celle d’un pasteur. Écouter toutes les voix, dialoguer avec tous et encourager toute initiative sincère orientée vers le bien commun, souligne-t-il, estimant que dans tout processus de médiation, «le rôle d’un médiateur est d’ouvrir des portes; la responsabilité de les franchir appartient aux filles et aux fils d’Haïti».
Le prélat dit agir également pour dissiper la confusion alimentée par des informations qu’il juge inexactes, des interprétations erronées et des tentatives de récupération politique. Après discernement et prière, il a finalement décidé de se retirer de toute implication directe et opérationnelle dans cette médiation.
Ce retrait, insiste-t-il, ne doit pas être interprété comme un désintérêt pour la situation nationale. Il s’agit, selon lui, d’un acte de responsabilité et de cohérence avec sa mission pastorale.
L’épisode illustre une fois de plus la complexité de la crise politique haïtienne et les difficultés récurrentes à établir des mécanismes de dialogue capables de rallier l’ensemble des forces en présence. Dans ce contexte de défiance institutionnelle, sociétale et politique généralisée, la recherche d’un consensus demeure un défi majeur.
Jean Mapou / Le Relief


