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Haïti–Médias et technologies: une soixantaine de journalistes formés à l’intelligence artificielle par l’Ambassade américaine

Par Jean Mapou

PORT-AU-PRINCE.— Une soixantaine de journalistes haïtiens ont pris part, du 2 au 4 mars 2026 à Pétion-Ville, à une session de formation consacrée à l’intégration de l’intelligence artificielle dans la pratique journalistique. L’initiative, saluée par la Direction de formation de l’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP), a été organisée par le Bureau des affaires publiques de l’Ambassade des États-Unis en Haïti, avec l’appui académique de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH).

Placée sous le thème «Le journaliste augmenté: intégrer les intelligences artificielles génératives sans compromettre l’indépendance éditoriale», cette formation visait à familiariser les professionnels des médias avec les nouvelles technologies qui transforment rapidement la production, la diffusion et la consommation de l’information.

Comprendre les opportunités et les limites de l’IA

Selon l’OHDLP, ces trois journées de travail ont permis aux participants d’échanger avec des spécialistes du domaine, notamment le directeur général de l’ESIH, Patrick Attié, autour des opportunités et des limites de l’intelligence artificielle dans le journalisme. Dans un contexte marqué par l’accélération des technologies de communication, les intervenants ont souligné la nécessité pour les journalistes de maîtriser ces nouveaux outils tout en préservant les principes fondamentaux de la profession.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par l’intervention du directeur de communication de l’Ambassade des États-Unis en Haïti, le journaliste senior Joël Lorquet. Celui-ci a rappelé que le journalisme évolue désormais dans un environnement numérique dominé par l’instantanéité de la diffusion de l’information.

«La technologie permet aujourd’hui à presque tout individu de publier du contenu. Mais publier ne signifie pas nécessairement informer», a-t-il déclaré, soulignant l’importance du rôle des journalistes dans la vérification et l’analyse des faits.

Tout en reconnaissant l’utilité de l’intelligence artificielle dans les salles de rédaction, il a insisté sur ses limites: « L’intelligence artificielle peut nous faire gagner du temps, mais elle ne remplacera jamais la responsabilité et l’émotion humaine dans le traitement de l’information», a renchéri Loriquet.

Une formation née d’un intérêt croissant pour l’IA

Selon Joël Lorquet, cette session en présentiel est née d’un programme de formations en ligne régulièrement organisé par l’Ambassade américaine à l’intention des journalistes haïtiens. L’intérêt croissant des participants pour les questions liées à l’intelligence artificielle a conduit les organisateurs à mettre sur pied cette formation intensive de trois jours.

Une soixantaine de journalistes ont ainsi été retenus parmi les premiers inscrits, parmi lesquels le directeur de promotion du magazine hebdomadaire Haïti-Espoir et directeur exécutif de l’OHDLP, Alex Calas. Le responsable de communication de l’Ambassade a toutefois indiqué que plusieurs journalistes des régions souhaitaient également participer, mais que les difficultés de déplacement vers Port-au-Prince ont limité leur présence.

L’IA, un outil puissant mais qui exige vigilance

Au cours des différentes sessions, les participants ont exploré les applications concrètes de l’intelligence artificielle dans la collecte, l’analyse et la diffusion de l’information. Patrick Attié, spécialiste des technologies de l’information et directeur général de l’ESIH, a expliqué que les outils d’IA générative peuvent accomplir jusqu’à 80 à 90% du travail préparatoire dans certaines tâches rédactionnelles. Cependant, il a rappelé que les étapes décisives du processus journalistique demeurent profondément humaines.

«La vérification des faits, l’analyse du contexte et l’exercice de l’esprit critique restent des responsabilités qui ne peuvent être déléguées aux machines», a-t-il souligné, tout en mettant en garde contre les biais algorithmiques pouvant découler des données utilisées pour entraîner les systèmes d’intelligence artificielle.

Renforcer les capacités des journalistes

L’attachée de presse de l’Ambassade des États-Unis en Haïti, Amparo Garcia, a pour sa part insisté sur l’importance du renforcement des compétences des journalistes dans un environnement technologique en constante évolution. Elle a rappelé que les initiatives de formation soutenues par l’ambassade visent notamment à promouvoir la transparence, la responsabilité publique, la démocratie et la liberté de la presse.

Dans son discours de clôture, Joël Lorquet a souligné que l’intelligence artificielle transforme déjà les salles de rédaction en facilitant l’analyse de grandes bases de données, la détection de tendances et l’automatisation de certaines tâches répétitives. «Bien utilisée, l’intelligence artificielle peut devenir un outil au service d’un journalisme plus fort, plus précis et plus accessible», a-t-il affirmé, tout en rappelant que l’intégrité et le jugement humain demeurent au cœur de la profession.

Une initiative saluée par l’OHDLP

L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse a salué l’organisation de ce séminaire, qu’il considère comme une initiative importante pour l’avenir du journalisme en Haïti. Selon l’organisation, la formation continue des professionnels des médias apparaît aujourd’hui comme un levier essentiel pour renforcer une presse haïtienne plus moderne, plus responsable et mieux outillée face aux défis de la désinformation et des transformations technologiques.

Les organisateurs envisagent par ailleurs d’étendre cette initiative à d’autres villes du pays, notamment au Cap-Haïtien, afin de permettre aux journalistes des régions de bénéficier également de ce type de formation.

Des échanges entre professionnels des médias

Le séminaire a également constitué un espace de retrouvailles et d’échanges entre plusieurs figures du paysage médiatique haïtien. Parmi les participants figuraient notamment Denel Cinton de Radio Caraïbes, Marie-Lucie Bonhomme de Radio Vision 2000 et Télé Pluriel, Yves Paul Léandre de la Télévision nationale d’Haïti, Ruphalda Jean de Signal FM, Patrice Mépriser de Radio Galaxie et Gabriel René de Radio Kiskeya, entre autres.

Au terme de ces trois journées de formation, les participants ont du constater que l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un outil incontournable dans l’évolution du journalisme. Toutefois, sa véritable valeur dépendra toujours du professionnalisme, de l’éthique et de l’esprit critique des journalistes qui l’utilisent.

En ce sens, l’OHDLP a adressé ses remerciements à l’équipe de l’Ambassade des États-Unis en Haïti, ainsi qu’à la direction et au corps professoral de l’ESIH pour la qualité de l’encadrement académique offert durant cette formation.

L’organisation encourage également la poursuite de ce type d’initiatives destinées à renforcer les compétences des journalistes haïtiens, tant dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince que dans les villes de province, afin de mieux intégrer les technologies d’intelligence artificielle dans les pratiques rédactionnelles contemporaines.

Jean Mapou / Le Relief

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