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Haïti liée pour dix ans à la compagnie militaire privée d’Érik Prince

PORT-AU-PRINCE. — Face à la montée en puissance des gangs armés et à l’insécurité persistante, le gouvernement haïtien a signé un contrat d’une durée de dix ans avec la société militaire privée Vectus Global, dirigée par l’Américain Érik Prince, fondateur et ancien patron de Blackwater. L’annonce a été faite par Prince lui-même, dans une interview accordée à l’agence Reuters.

Des moyens militaires considérables
Selon les termes de l’accord, Vectus Global s’engage à déployer en Haïti une force privée comprenant des tireurs d’élite, des unités aériennes dotées d’hélicoptères, ainsi que des moyens navals. Leur mission : reprendre le contrôle des routes nationales et contrer l’expansion des gangs, notamment ceux affiliés à la coalition Viv Ansanm.

Comme indicateur de réussite, Érik Prince a cité la possibilité de voyager de Port-au-Prince à Cap-Haïtien dans un véhicule léger, sans être intercepté par les postes de péage imposés par les groupes armés.

Sécurité et fiscalité : un partenariat inédit
Au-delà du volet militaire, l’accord inclut une coopération en matière de fiscalité. En sécurisant les principaux axes routiers et la frontière avec la République dominicaine, Vectus Global devra également garantir la collecte des taxes sur les marchandises importées. Le gouvernement présente cette mesure comme un moyen de renforcer ses recettes publiques, souvent détournées par des réseaux criminels.

Premiers déploiements en cours
D’après des sources officielles, les premières opérations de Vectus Global auraient débuté dès mars 2025, notamment avec l’utilisation de drones, en coordination avec une task force pilotée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Plusieurs centaines de combattants américains, européens et salvadoriens, spécialisés en tir, renseignement et communications, devraient être déployés dans les zones les plus exposées, en appui à la Police nationale d’Haïti.

Un choix décisif mais controversé
Pour les autorités, ce contrat illustre la volonté du régime transitoire de conjuguer réformes sécuritaires et redressement économique. Mais l’accord suscite déjà de vives controverses, notamment sur la question de souveraineté nationale et du rôle confié à une armée privée étrangère dans la sécurité publique.

Ses partisans y voient une réponse pragmatique à l’urgence sécuritaire. Ses détracteurs, en revanche, dénoncent une délégation excessive de la souveraineté haïtienne à des acteurs privés étrangers. Certains rappellent avec amertume l’occupation américaine de 1915, estimant qu’« accorder à des étrangers la gestion même de la collecte des taxes revient à ressusciter les pires souvenirs du passé ».

Jean Mapou

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