Par Jean Wesley Pierre
À une semaine de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), prévue pour le 7 février 2026, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a intensifié ses démarches diplomatiques en Haïti. Une rencontre jugée cruciale s’est tenue ce vendredi 30 janvier 2026 entre le groupe de personnalités éminentes de la CARICOM, les signataires de l’accord du 3 avril, ainsi que des acteurs non-signataires, dans un contexte de fortes tensions politiques et de rejet croissant des mécanismes de médiation perçus comme imposés de l’extérieur.
Une rencontre à haute portée politique
Selon des informations, la rencontre a débuté aux alentours de 16h50, avec les interventions successives de deux figures politiques haïtiennes, Rosemond Pradel, ancien ministre des Travaux publics (TPTC) et membre de l’Espace de réflexion et Claude Joseph, ancien Premier ministre, représentant du Consensus politique pour le redressement national.
Rosemond Pradel a plaidé en faveur d’une solution haïtienne à la crise, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte à la fois les facteurs conjoncturels liés à l’urgence sécuritaire et institutionnelle et les causes structurelles profondes de l’effondrement de l’État haïtien.
De son côté, l’ancien Premier ministre Claude Joseph a également évoqué une solution haïtienne, mais encadrée par des institutions et organisations internationales, citant notamment la CARICOM, le BINUH, l’OEA et l’OIF. Il a par ailleurs proposé d’élargir la table des discussions à d’autres groupes politiques et sociaux afin de favoriser une plus grande inclusion dans le processus de sortie de crise.
Après des échanges animés, les différents protagonistes se sont accordés pour prolonger les discussions pendant trois jours en vue de parvenir à un accord de principe sur les préalables de la situation actuelle constatant la fin du mandat du CPT le 7 février 2026. Déroulée sous les auspices de la CARICOM, la rencontre sera reprise mardi prochain à la demande plusieurs acteurs notamment Rony Desroches, Jean Renel Sénatus et Me André Michel.
Une médiation de plus en plus contestée
Cette initiative de la CARICOM intervient dans un climat de méfiance accrue. Dans une note publiée le 29 janvier 2026, le mouvement Lapè Pou Ayiti a rejeté toute nouvelle médiation de l’organisation régionale, dénonçant sa volonté de remettre au centre du jeu politique les mêmes acteurs ayant participé à la mise en place du (CPT) Conseil Présidentiel de Transition.
Le mouvement estime que ce mécanisme, qualifié d’imposé de l’extérieur, a contribué à l’aggravation de l’insécurité, de la crise humanitaire et de la corruption, évoquant notamment des millions de déplacés internes et une insécurité alimentaire aiguë touchant une large frange de la population. Lapè Pou Ayiti appelle à une médiation strictement haïtienne, devant conduire à des élections libres et crédibles.
Le CPT maintient l’échéance du 7 février
Malgré ces divisions, Leslie Voltaire, membre du Conseil Présidentiel de Transition a réaffirmé que le Conseil présidentiel de Transition quittera ses fonctions le 7 février 2026. Il s’est dit convaincu que les acteurs politiques parviendront à un accord avant cette date, permettant une transition qu’il souhaite « ordonnée ».
Dans une déclaration marquée par un ton à la fois solennel et politique, Leslie Voltaire a insisté sur la nécessité du dialogue et du courage citoyen, appelant à « écrire une solution haïtienne » et à ouvrir la voie à des élections démocratiques.
Il a également dénoncé l’attitude de la communauté internationale, qu’il accuse de soutenir le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, alors même que cinq des sept membres votants du (CPT) Conseil Présidentiel de Transition au avaient adopté une résolution en faveur de son renvoi.
Entre pression internationale et exigence de souveraineté
À l’approche du 7 février, la rencontre entre la CARICOM et les acteurs politiques haïtiens met en lumière une ligne de fracture persistante : d’un côté, ceux qui estiment qu’un accompagnement international reste nécessaire ; de l’autre, ceux qui considèrent que toute solution durable doit être pensée, portée et assumée exclusivement par les Haïtiens.
Si la CARICOM espère faciliter un consensus politique de dernière minute, la défiance d’une partie de la classe politique et de la société civile laisse planer l’incertitude sur l’issue de ces discussions, dans un pays toujours en proie à une crise multidimensionnelle profonde.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


