Par Jean Wesley Pierre
Une scène aux allures de théâtre politique s’est déroulée ce jeudi 5 février 2026 à l’hôtel Montana. D’un côté, des acteurs politiques plaidant pour un gouvernement bicéphale dirigé par un président issu de la Cour de cassation ; de l’autre, les membres du Conseil présidentiel de transition qui, dans la continuité de la résolution adoptée lors du dialogue inter-haïtien, défendent également un exécutif bicéphale, mais articulé autour d’un collège présidentiel composé de trois membres.
L’appel de l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus
À l’approche du 7 février, date hautement symbolique dans l’histoire politique haïtienne, l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus, dit « Zokiki », a lancé un appel à la mobilisation populaire lors d’une conférence tenue jeudi. Selon lui, la seule issue crédible à la crise actuelle serait la désignation d’un juge de la Cour de cassation pour diriger une transition capable de rétablir l’ordre constitutionnel.
Dans un message à forte charge politique, il a également interpellé les autorités actuelles :
« Il ne reste que deux jours pour que les membres du CPT montrent qu’ils sont des Haïtiens, il ne reste que deux jours pour que le Premier ministre montre qu’il est Haïtien. »
Sa proposition s’inscrit en alternative directe au projet porté par le Conseil présidentiel de transition (CPT), notamment celui d’un collège présidentiel.
Me Jules Lesly désigné président provisoire : une initiative controversée
Parallèlement, un collectif présenté comme regroupant des « forces vives de la nation » a annoncé la désignation de Me Jules Lesly, magistrat à la Cour de cassation, comme président provisoire d’Haïti. Les promoteurs de cette initiative parlent d’une « résolution historique » destinée à mettre fin à ce qu’ils décrivent comme un effondrement institutionnel et moral de l’État.
Le mandat proposé s’appuierait sur :
le décret du 22 août 1995,
la loi de 2007 sur la magistrature,
et l’esprit de la Constitution de 1987.
L’objectif affiché est de stabiliser le pays et d’organiser des élections devant aboutir, au plus tard le 7 février 2027, à un retour à un pouvoir démocratiquement élu.
Les priorités avancées incluent :
la restauration de l’autorité de l’État,
la lutte contre la corruption,
la relance démocratique,
et un plan social pour les populations les plus vulnérables.
Cependant, cette désignation ne fait pas l’unanimité. Des tensions internes à l’opposition ont émergé, notamment au sein du groupe dit « Cassation », où certains acteurs auraient désavoué la position associée à Jean Joseph Lebrun. Cette fracture illustre les difficultés persistantes à construire une alternative politique unifiée.
Le dialogue inter-haïtien et la proposition d’un collège présidentiel
Dans le cadre du dialogue inter-haïtien organisé notamment à l’hôtel Montana, une autre résolution propose un gouvernement bicéphale accompagné d’un collège présidentiel de trois membres :
un représentant du Conseil présidentiel de transition,
un représentant de la Cour de cassation,
un représentant de la société civile.
C’est dans ce contexte que le professeur Charles Tardieu a déposé, le jeudi 5 février 2026, son dossier de candidature au Conseil de la présidence en tant que membre actif de la société civile haïtienne. Cette démarche traduit la volonté de certains secteurs d’élargir la transition au-delà des seuls acteurs politiques traditionnels.
L’enjeu majeur : restaurer la confiance publique
Au-delà des débats institutionnels, la question centrale demeure celle de la crédibilité de l’État. Dans un contexte marqué par l’insécurité, la crise économique et l’instabilité politique prolongée, la population attend surtout des solutions concrètes et durables.
À l’approche du 7 février, symbole récurrent des transitions politiques en Haïti, l’évolution des rapports de force entre ces différentes initiatives pourrait s’avérer déterminante pour l’avenir institutionnel du pays et pour la perspective d’un retour effectif à l’ordre constitutionnel.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


