Par Jean Mapou
PORT-AU-PRINCE.— Plusieurs mois après l’installation de la commission de restructuration de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH), les travaux annoncés ont bel et bien abouti à la rédaction d’un rapport final. Cependant, aucune décision institutionnelle n’a encore été rendue publique concernant la mise en œuvre des recommandations, relançant le débat sur le suivi des réformes au sein de l’administration publique.
Le document, dont nous avons pris connaissance, a été transmis aux autorités de tutelle conformément aux procédures. Ce constat confirme une continuité avec une précédente publication consacrée à la création de la commission et aux attentes placées dans ses travaux, après plusieurs années de critiques sur le fonctionnement et la gouvernance du média public.
Le rapport analyse en profondeur la RTNH dans ses dimensions administrative, financière, organisationnelle et éditoriale. Il met en lumière une structure interne jugée fragile, des charges opérationnelles élevées ainsi qu’un déficit de vision stratégique claire pour un média d’État censé jouer un rôle central dans le paysage audiovisuel national.
Les commissaires formulent une série de recommandations portant notamment sur la gouvernance et la modernisation institutionnelle, la rationalisation financière, la redéfinition de la mission de service public, le repositionnement éditorial à l’échelle nationale.
L’objectif affiché est de permettre à la RTNH de devenir un média public moderne, performant et capable de remplir efficacement sa fonction de service public de l’information.
Malgré la remise formelle du rapport, les autorités n’ont communiqué aucun calendrier, ni annoncé de mesures concrètes quant à l’adoption ou à l’application des recommandations.
«Le travail a été soumis dans les délais établis», a confiè in membre de la commission, précisqnt qu’aucune position officielle n’a été rendue publique par les instances concernées. Cette absence de communication entretient l’incertitude quant à la suite du processus, alors même que la question de l’avenir du média public fait débat depuis plusieurs années.
Ce cas rappelle une pratique institutionnelle fréquente en Haïti: la multiplication de commissions techniques ou administratives dont les conclusions ne débouchent pas systématiquement sur des actions concrètes. Dans un contexte marqué par la crise institutionnelle, la rareté des ressources et l’instabilité des priorités politiques, la question de l’efficacité de ces dispositifs est de plus en plus posée.
La restructuration de la RTNH, acteur central mais fragilisé du paysage médiatique, est attendue par plusieurs secteurs, dont ceux des milieux professionnels de l’information et de la culture. Pour l’heure, le rapport existe, mais demeure sans traduction politique ni administrative.
L’avenir du dossier dépend désormais de la volonté des pouvoirs publics à transformer les recommandations techniques en décisions exécutoires. Faute de quoi, ce rapport pourrait, comme d’autres avant lui, rester lettre morte, sans effet réel sur les performances de l’institution.
Jean Mapou / Le Relief


