Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, le mardi 27 janvier 2026 —La capitale du pays, Port-au-Prince a de nouveau été le théâtre d’une violence intense ces derniers jours, illustrant la dégradation continue de la situation sécuritaire dans un contexte de crise politique profonde. Le 25 janvier 2026, de nombreux tirs ont été entendus au centre-ville, tandis que des informations font état de l’usage de drones explosifs par une unité spécialisée et de la Task Force, chargée des opérations aériennes contre les groupes armés.
Dans plusieurs quartiers, les rues ont été envahies par des débris et des barricades improvisées, compliquant les déplacements des habitants. Des conteneurs métalliques ont également été positionnés sur certains axes stratégiques du centre-ville afin de bloquer les rues et de freiner la progression des bandits armés. Malgré ces mesures, la population reste prise au piège d’un climat de peur et d’incertitude.
Au Champ de Mars, symbole historique de la capitale, l’ambiance est particulièrement lourde. L’espace est presque désert, fréquenté uniquement par quelques personnes qui s’y aventurent « la peur au ventre ». Erine, marchande sur place, témoigne de la détresse quotidienne :
« Je suis descendue au Champ de Mars pour vendre parce que c’est la seule chose que j’ai. Je demande à l’État d’assumer ses responsabilités et de nous garantir la sécurité. »
Son appel résume celui de milliers de citoyens contraints de choisir entre survie économique et insécurité permanente.
Sur le plan opérationnel, la Police nationale d’Haïti (PNH) affirme intensifier ses actions. Dans une note officielle, l’institution policière a indiqué qu’au moins huit présumés bandits armés ont été neutralisés lors d’une opération menée au marché Salomon, dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026. Deux fusils de guerre (AR-15 et M16), quatre chargeurs et un sac de munitions ont été saisis.
La PNH réaffirme sa détermination à lutter contre les gangs, mais ces interventions ponctuelles peinent à rassurer durablement la population.
Parallèlement à cette crise sécuritaire, le pays est plongé dans une confusion politique majeure.
Les États-Unis, à travers un communiqué de leur ambassade, ont annoncé des restrictions de visas contre des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) accusés de soutenir les gangs, rappelant que ces avertissements avaient été formulés bien avant la tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Washington affirme se tenir aux côtés du peuple haïtien et des autorités engagées contre la violence criminelle.
Or, malgré une résolution adoptée par cinq des sept membres votants du (CPT) conseil présidentiel de transition annonçant la révocation du chef du gouvernement, la situation institutionnelle demeure floue.
Alix Didier Fils-Aimé continue d’agir publiquement comme Premier ministre, avec l’appui affiché du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr.
Ce dernier a d’ailleurs mis en garde la Secrétaire générale de la Présidence, Marie Elizabeth Régine Joseph Haddad, contre toute publication officielle entérinant la révocation, affirmant être le seul habilité à autoriser des décisions engageant juridiquement le Conseil.
Cette double crise sécuritaire et politique accentue le sentiment d’abandon ressenti par la population haïtienne. Alors que les forces de l’ordre mènent des opérations musclées, l’absence de clarté au sommet de l’État fragilise la coordination institutionnelle et alimente l’incertitude.
À l’approche d’échéances politiques majeures, Haïti apparaît plus que jamais confrontée à un défi central : rétablir l’autorité de l’État, garantir la sécurité des citoyens et sortir de l’impasse politique sans plonger davantage le pays dans le chaos.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


