Par Jean Venel Casséus
Depuis plus d’une décennie, la Police nationale d’Haïti s’engage dans une valse macabre où les partenaires changent, mais sur la même musique. Les chefs se succèdent, le refrain reste : l’insécurité gagne du terrain, les citoyens perdent espoir.
Godson Orélus (2012-2016) révoqué pour incompétence, remplacé par le « compétent » Michel-Ange Gédéon. Lui-même révoqué pour incompétence, remplacé par le « compétent » Rameau Normil. Lui-même révoqué pour incompétence, remplacé par le « compétent » Léon Charles. Lui-même révoqué pour incompétence et autres soupçons, remplacé par le « compétent » Frantz Elbé. Lui-même révoqué pour incompétence, remplacé par un ancien « incompétent » redevenu « compétent » : Rameau Normil. Lui-même révoqué encore une fois pour incompétence, et voici qu’aujourd’hui nous avons un tout nouveau « compétent » Vladimir Paraison à la tête de la PNH.
Ici, l’incompétence n’est pas un manque de matière grise ; c’est l’incapacité à remplir convenablement une mission pour laquelle on a été investi. De Orélus à Normil, deuxième version, le tempo de l’insécurité n’a fait qu’accélérer, rendant une bonne partie du pays invivable pour les citoyens paisibles. Entre complice et incompétence, je choisis : incompétence.
Vladimir Paraison, le nouveau « compétent », a gagné ses galons sur le champ de bataille. Un bon combattant. Un élément opérationnel de grand calibre. Il aurait même sauvé la Première dame, Martine Moïse, d’un festival de cartouches le 7 juillet 2021. lol. Honneur à lui. Grand guerrier, mais c’est peut-être déjà son plus grand handicap : aujourd’hui, la PNH n’a pas un problème de guerriers, mais de management.
Les failles sont ancrées dans la structure. Des dizaines d’inspecteurs généraux et de commissaires divisionnaires se disputent le fauteuil de directeur, sans mission précise pour beaucoup, parfois au placard. Cette lutte interne d’influence paralyse l’institution.
Les gangs, eux, prospèrent. Leur prolifération est un problème économique, social, politique et géopolitique. Croire qu’une réponse policière seule suffit est une illusion. Dans une stratégie nationale cohérente, la police devrait être le dernier maillon de la chaîne. Avant elle, il faut un appareil judiciaire efficace, des politiques économiques inclusives, une administration réformée et une coordination intégrant renseignement, diplomatie et actions sociales.
Sans cette stratégie, on enverra encore les policiers au front comme on jette des seaux d’eau sur un brasier géant.
Changer le chef ne changera pas la musique. Tant que l’État continuera de jouer sa partition désaccordée, c’est-à-dire clientélisme, improvisation et absence de vision, le refrain restera le même. Haïti n’a pas besoin d’un guerrier de plus à la tête de la PNH ; elle a besoin d’un État stratège. Tant que cette valse continuera, la piste restera ensanglantée et les danseurs, quels qu’ils soient, finiront par tomber.
Si la musique ne change pas, j’attends donc le prochain « compétent » qui viendra remplacer l’« incompétent » Paraison dans quelques mois.
Pennsylvania, 12 Aout 2025.