Dans le cadre de l’année de célébration du centenaire de René Depestre, la Direction Nationale du Livre (DNL) a organisé, ce vendredi, la projection du film documentaire « René Depestre : On ne rate pas une vie éternelle », retraçant l’itinéraire exceptionnel du poète, romancier et figure majeure de la littérature haïtienne.
« Le cinéaste Arnold Antonin signe une œuvre saluée pour la qualité de ses images, la finesse de sa narration et la profondeur de son regard sur la vie du poète », a déclaré dans ses propos introductifs le coordonnateur de l’année centenaire, le poète Marc Exavier.
Les invités ont ensuite redécouvert Depestre à travers plus d’une heure, quarante minutes et trente-neuf secondes de témoignages, d’archives et de fragments de mémoire. Après la projection, le maître de cérémonie Paul Villefranche a partagé un message poignant de René Depestre, écrit de sa propre main. Le poète y exprime sa gratitude envers le réalisateur, reconnaissant en lui « un frère capable de restituer sur l’écran les horizons de toute une vie ». Il y souligne l’élégance avec laquelle le film explore son chaos intérieur, ses rencontres décisives, ses combats politiques ainsi que sa réflexion sur « l’érotisme solaire », notion qu’il distingue soigneusement du libertinage.
De son côté, le Directeur Général de la DNL, M. Ernst Saint-Louis, saluant la contribution exceptionnelle d’Arnold Antonin à la transmission du patrimoine littéraire et artistique, a rappelé l’importance capitale du travail de ce cinéaste auteur de plus de 81 documentaires, véritables trésors de mémoire nationale. Au nom du Ministère de la Culture et de la Communication, il a félicité « le professeur » pour son rôle essentiel dans la revitalisation culturelle du pays, affirmant que la DNL se positionne désormais comme « un carrefour de résistance pour la lecture publique mais aussi pour le cinéma ».
Lors de la cérémonie de distinction, Arnold Antonin a partagé des souvenirs personnels de ses rencontres avec Depestre: premières conversations, longues promenades, réflexions partagées. Il a évoqué toute une génération d’écrivains : Jacques-Stéphen Alexis, Gérald Bloncourt, René Depestre marquée par l’engagement politique, la répression, l’exil, mais aussi par une créativité exceptionnelle. Le cinéaste a rappelé que plusieurs de ces figures ont payé de leur vie leurs convictions.
« S’il y a un Haïtien universel, je crois que c’est bien René Depestre », a-t-il affirmé, soulignant la portée mondiale de sa pensée et la pertinence de sa parole à travers les décennies.
Retransmise par la TNH, cette soirée d’hommage a permis non seulement de célébrer la profondeur intellectuelle et artistique de René Depestre, mais également de mettre en lumière un pan essentiel de l’âme haïtienne : sa capacité à créer, résister, témoigner et transmettre.
Parmi les personnalités présentes, on compte : le poète Christophe Philippe Charles, le président de la Société d’Histoire et de Géographie, Pierre Buteau, la Présidente de la Commission Technique de Restructuration des Médias d’État, Mme Marie Sandra Duvivier, le Directeur Général de la Bibliothèque Nationale d’Haïti, Dangelo Enrico Néard et la Directrice de la DCAL au Ministère de la Culture, Mme Stéphanie Saint-Louis, pour ne citer que ceux-là.
Yves Paul LÉANDRE


