Par Pierre Josué Agénor Cadet
À la veille du 7 février 2026, Haïti se trouve dans une phase critique caractérisée par une superposition de crises : effondrement sécuritaire, vacance institutionnelle imminente et fragmentation des initiatives politiques. Cette conjoncture révèle non seulement une défaillance de gouvernance, mais également une crise profonde de légitimité étatique.
La présence du destroyer américain USS Stockdale (DDG-106) et de bâtiments de la Garde côtière dans la baie de Port-au-Prince, dans le cadre de l’opération Southern Spear, constitue un fait géopolitique majeur. Au-delà du discours diplomatique évoquant la stabilité régionale, cette démonstration navale s’inscrit dans une tradition d’externalisation de la sécurité haïtienne, traduisant l’incapacité de l’État à exercer le monopole de la violence légitime (Max Weber). Elle pose aussi la question de la souveraineté effective d’Haïti dans un contexte de dépendance structurelle.
Parallèlement, la scène politique nationale se distingue par une prolifération d’initiatives non coordonnées : Dialogue interHaïtiens, Inisyativ 24 avril, Opozisyon Pliryèl, Dyalòg CPT, etc. Cette multiplicité d’espaces de négociation, dépourvus d’architecture institutionnelle commune, illustre un phénomène de » pluralisme désordonné « , où l’inflation d’acteurs affaiblit la capacité de décision collective.
Les propositions de transition dites » constitutionnelles » apparaissent juridiquement fragiles. Le recours au président de la Cour de Cassation, ou à un collège exécutif tripartite incluant des membres issus du CPT, soulève un paradoxe : peut-on rétablir la légalité par des mécanismes issus d’un ordre déjà déstructuré ? La légitimité ne peut émerger d’un simple arrangement procédural, mais d’un consensus social élargi. Car depuis le 20 juillet 2021, le fonctionnement de nos institutions s’opère en dehors du cadre constitutionnel.
L’exemple de 1930, avec la désignation de Louis Eugène Roy, rappelle qu’en période de crise extrême, les sociétés peuvent recourir à une figure d’arbitrage neutre pour restaurer la confiance institutionnelle. L’histoire suggère ainsi qu’une solution crédible exige une autorité transitoire dépolitisée, dotée d’un mandat limité et d’un objectif électoral clair.
Le 7 février 2026 peut être soit la date d’un basculement vers la reconstruction institutionnelle, soit une étape de plus dans la normalisation du désordre ou une nouvelle prolongation du cahos. L’avenir dépendra de la capacité des acteurs à placer l’intérêt national au-dessus de leur survie politique.
Pierre Josué Agénor Cadet


