Alors que la crise en Haïti s’enlise, entre violences extrêmes et effondrement institutionnel, le Conseil de sécurité de l’ONU met en garde contre un “point de non-retour”. La communauté internationale est appelée à agir sans délai pour éviter le chaos total.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies, réuni pour sa 9902e séance au siège de l’ONU le 21 avril 2025 à New-York, a dressé un sombre constat sur la situation en Haïti, marquée par une crise sécuritaire, humanitaire et institutionnelle d’une ampleur sans précédent. La Représentante spéciale du Secrétaire général, María Isabel Salvador, a tiré la sonnette d’alarme : sans un soutien international massif et immédiat, Haïti risque de sombrer dans un chaos irréversible.
Depuis janvier, les groupes armés multiplient les offensives coordonnées pour élargir leur emprise territoriale. Des zones jusque-là épargnées comme Kenscoff, Delmas et Pétion-Ville ont été attaquées, tandis que des villes clés comme Mirebalais sont tombées aux mains des gangs. Plus de 1 000 morts et 60 000 déplacés ont été recensés entre février et mars, dans un pays où l’État semble se déliter jour après jour.
“Tout effort du gouvernement haïtien sera insuffisant sans une intensification du soutien international “, a affirmé Mme Salvador, appelant à renforcer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), aujourd’hui déployée à seulement 40 % de sa capacité.
Les membres du Conseil, à l’unisson ou presque, ont reconnu l’urgence. Si le Kenya, en charge de la MMAS, a exprimé sa volonté de poursuivre l’engagement, la faiblesse des effectifs actuels (1 000 soldats sur les 2 500 prévus) limite considérablement son efficacité.
Des divergences persistent toutefois. Tandis que la France, les A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie, Guyana) et le Panama ont soutenu la proposition d’une opération de maintien de la paix, la Chine a rejeté l’idée d’un nouveau recours à l’international. Elle a accusé les États-Unis d’ingérence prolongée et de passivité dans l’application de l’embargo sur les armes, soulignant que « les gangs sont mieux armés que la police nationale ».
Le représentant haïtien, dans un cri d’alarme, a plaidé pour un soutien accru afin de neutraliser les gangs, qualifiant leur pouvoir d’« existential threat » pour la nation haïtienne. Il a salué l’initiative franco-haïtienne d’une commission mixte pour un “travail de mémoire” et appelé à la solidarité régionale.
Parallèlement, la société civile haïtienne, représentée par Pascale Solages de NÈGÈS MAWON, a dénoncé l’inaction sur les violences sexuelles et le non-respect de la représentation féminine. Elle a aussi critiqué l’inefficacité de la MMAS, un an après son déploiement.
Alors que les autorités haïtiennes annoncent la tenue d’élections d’ici novembre 2025, de nombreux observateurs doutent de la faisabilité d’un tel calendrier face à une insécurité persistante.
L’ONU appelle ainsi à intensifier la lutte contre le trafic d’armes, à sanctionner les commanditaires et à garantir un soutien logistique à la MMAS. Mais le compte à rebours semble lancé. Pour beaucoup, c’est maintenant ou jamais.


