Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, le mardi 23 décembre 2025 — À l’approche de la fin de l’année 2025, deux figures majeures de la vie politique haïtienne, Jocelerme Privert, ancien président provisoire de la République, et Jean-Henry Céant, ancien Premier ministre, ont livré des messages publics à la nation. Bien que formulés dans des registres différents, l’un politique et programmatique, l’autre poétique et mémoriel, leurs propos convergent autour d’un même constat : la profondeur de la crise que traverse le pays et l’urgence d’un sursaut collectif.
Jocelerme Privert : un vœu politique centré sur la sortie de crise et les élections
Dans son message de fin d’année, l’ancien président provisoire Jocelerme Privert dresse d’abord un constat sombre de la situation nationale. Il rappelle que « la fin de l’année 2025, comme les précédentes, n’a pas été douce pour le peuple », évoquant une population contrainte de vivre « dans la peur, la misère et le désespoir ». Cette entrée en matière place son propos dans une continuité de crises non résolues, marquées par l’insécurité et la précarité.
Se projetant vers l’avenir, Jocelerme Privert exprime un souhait clair pour l’année à venir : « l’année 2026 devrait annoncer la fin de toutes les calamités et des souffrances que nous avons endurées ». Il associe cette espérance à la fin d’une transition qu’il juge improductive, affirmant que « la transition qui n’a apporté aucune amélioration pour le peuple devrait arriver à son terme ».
Au cœur de son message figure l’importance du processus électoral. Il insiste sur le caractère indispensable des élections annoncées, qu’il qualifie de « pierre angulaire dans la reconstruction de notre pays ». Selon lui, ces élections doivent être « libres, crédibles et acceptées par tous et par toutes », car elles offrent au peuple haïtien « l’opportunité de se reconstruire et de tracer sa voie vers un avenir plus prometteur ».
Enfin, Jocelerme Privert appelle à dépasser le stade des paroles pour entrer dans celui de l’action concrète, déclarant sans ambiguïté : « l’heure n’est plus aux discours, elle est aux engagements visibles et qui donnent des résultats mesurables ». Il conclut en rappelant une feuille de route axée sur la sécurité, l’éducation, la jeunesse, le relèvement économique, la moralité publique, ainsi que la mobilisation de toute la nation, y compris la diaspora.
Jean-Henry Céant : une lecture poétique et mémorielle de la crise haïtienne
De son côté, l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant a choisi une forme littéraire pour adresser son message de fin d’année, à travers un texte intitulé « Au détour de ma mémoire ». Dès les premières lignes, il souligne la dissonance entre le calendrier et la réalité nationale : « Noël est arrivé, le nouvel an demeure en sursis. Nous n’avons pas vu venir Noël. »
Son texte dresse un tableau marqué par la violence et le déracinement, évoquant « balles et exils », « camps de déplacés », « dignité meurtrie », « silences d’État et abandons », pour conclure que « la Fête est arrivée sans Paix ni Pain ». Il inscrit cette souffrance dans le quotidien des Haïtiens, affirmant que « tout est misère et pauvreté pour un peuple qui gémit […] pris entre la mort et la vie ».
Jean-Henry Céant insiste également sur la perte de repères collectifs, écrivant sans détour : « Haïti marche sans boussole », avant de décrire la fuite comme un réflexe généralisé : « on fuit les quartiers, on fuit le pays, on fuit même l’espoir qui nous nie ». Pour lui, « la migration n’est plus une option, c’est une urgence », tandis que ceux qui gouvernent « cultivent l’indifférence ».
Malgré la gravité du constat, le texte se conclut sur un appel à la responsabilité collective. L’ancien chef du gouvernement interroge : « Nous reste-t-il un dernier souffle, une dernière responsabilité ? », avant de répondre : « Oui : nous tenir debout, ensemble, frères et sœurs, complices de notre belle histoire, face à l’avenir et à la mémoire. »
Deux messages, un même diagnostic
Si Jocelerme Privert privilégie une approche institutionnelle et orientée vers les élections comme voie de sortie de crise, Jean-Henry Céant adopte une posture introspective et symbolique, centrée sur la mémoire, la dignité et la résistance morale. Tous deux, cependant, décrivent une nation éprouvée, confrontée à l’insécurité, à la pauvreté et à l’absence de perspectives immédiates.
Ces deux prises de parole, publiées à la fin de l’année 2025, témoignent d’une préoccupation commune pour l’avenir du pays et posent, chacune à leur manière, la même question essentielle : comment transformer l’épreuve actuelle en point de départ d’un renouveau national.
Jean Wesley Pierre/Le Relief


