Par Jean Wesley Pierre
Ce samedi 7 février 2026 marque la fin officielle du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), et qui ouvre une nouvelle étape incertaine dans la transition politique haïtienne. Alors que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé apparaît désormais comme la principale figure de l’exécutif, comme maître et seigneur, une question majeure reste en suspens : que devient le projet de collège présidentiel à trois membres issu du dialogue inter-haïtien organisé notamment à l’hôtel Montana, et son éventuelle installation ?
Un collège présidentiel annoncé… mais sans concrétisation immédiate
Avant la fin de son mandat, le (CPT) Conseil Présidentiel de Transition avait encouragé un dialogue inter-haïtien visant à doter le pays d’un exécutif bicéphale reposant sur un collège présidentiel composé d’un représentant du CPT, d’un juge issu de la Cour de cassation et d’un représentant de la société civile. Des noms avaient même circulé, notamment Leslie Voltaire, Charles Tardieu et la juge Jocelyne Casimir.
Pourtant, aucune installation officielle n’a suivi. La cérémonie du 7 février à la Villa d’Accueil, marquant la fin du CPT, a plutôt consacré la continuité gouvernementale autour du Premier ministre et du Conseil des ministres. Le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, a confirmé que le gouvernement assurerait la gestion de l’État, sans calendrier clair concernant ce collège.
Une transition qui change de configuration
Dans son adresse à la Nation, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a insisté sur la continuité républicaine, la lutte contre l’insécurité et l’organisation future d’élections. Il a reconnu que la transition restait inachevée, notamment en raison de la situation sécuritaire.
Les premières décisions prises — changement à la tête du ministère des Finances ou nomination d’un nouvel agent exécutif intérimaire à Port-au-Prince — montrent une volonté d’affirmation politique rapide. Plusieurs observateurs y voient la confirmation d’un exécutif de fait plus centralisé, au moins provisoirement.
Reconnaissance internationale et attentes politiques
La réaction de l’ambassade américaine, saluant un transfert pacifique du pouvoir et affirmant sa disposition à travailler avec les autorités haïtiennes, renforce l’idée que la priorité internationale reste la stabilisation sécuritaire et l’organisation d’élections. Cette posture pourrait indirectement reléguer au second plan la mise en place du collège présidentiel, si celui-ci n’est pas perçu comme un facteur immédiat de stabilité.
Le CPT quitte la scène avec un bilan contesté
Lors de la cérémonie de fin de mandat, Laurent Saint-Cyr a défendu les efforts du CPT en matière de sécurité et de processus électoral, estimant que des avancées avaient été réalisées malgré les obstacles. D’autres voix restent plus critiques, soulignant l’absence d’élections, la persistance de l’insécurité et l’incertitude institutionnelle.
Certaines analyses estiment même que la transition s’achève sans réelle rupture avec la situation antérieure, laissant le pouvoir exécutif concentré autour d’un Premier ministre renforcé.
Une interrogation politique majeure
L’avenir du collège présidentiel dépend désormais de plusieurs facteurs dont :
- volonté politique interne,
- consensus entre acteurs nationaux,
- position de la communauté internationale
- et évolution de la situation sécuritaire. Sans ces conditions, son installation pourrait rester théorique ou différée.
En définitive, le 7 février 2026 marque moins la fin d’une transition que l’ouverture d’une nouvelle phase d’incertitude. Entre la consolidation du pouvoir autour du Premier ministre et l’attente d’une architecture institutionnelle plus inclusive, la trajectoire politique d’Haïti demeure fragile, suspendue à la capacité des acteurs à restaurer la sécurité et à organiser des élections crédibles.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


