Par Jean Mapou
PORT-AU-PRINCE.—
L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) se dit «très consterné» par le décès du Révérend Jesse Jackson, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, survenu à l’âge de 84 ans, selon un communiqué familial relayé ce mardi.
Dans une note officielle signée par son Directeur exécutif, Alex Calas, l’organisation haïtienne de défense des droits humains rend hommage à «un dirigeant d’envergure, visionnaire, qui a changé cette nation et le monde», saluant un engagement «indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et de la dignité humaine». D’après ses proches, le pasteur aurait rendu son dernier souffle «paisiblement, entouré de sa famille». Un hommage public devrait être organisé à Chicago à une date ultérieure.
Un compagnon de route de Martin Luther King Jr.
Compagnon de lutte du Révérend Martin Luther King Jr., Jesse Jackson fut présent à Memphis en 1968 lors de l’assassinat du leader historique du mouvement des droits civiques. Dès sa jeunesse, il s’engage dans les sit-in contre la ségrégation et participe, en 1965, aux marches de Selma à Montgomery pour défendre le droit de vote des Afro-Américains.
Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, il grandit dans le Sud ségrégué. Excellent élève et sportif accompli, il obtient une bourse universitaire grâce à ses talents en football américain, à une époque où le mouvement pour les droits civiques prend son essor à travers le pays.
Une figure politique nationale
Au-delà de son engagement religieux et militant, Jesse Jackson s’impose comme une figure politique majeure. Candidat à l’investiture démocrate lors des primaires présidentielles de 1984 et 1988, il élargit le débat national aux revendications des Afro-Américains et des minorités. Son discours sur le « socle commun » en 1988 marque durablement les esprits, appelant à l’unité au-delà des clivages raciaux et sociaux.
Image restée célèbre : celle du révérend en larmes à Chicago, le 4 novembre 2008, lors de l’annonce par CNN de la victoire de Barack Obama, premier président noir des États-Unis. Pour beaucoup, ce moment symbolisait l’aboutissement partiel d’un combat entamé plusieurs décennies plus tôt.
Le Révérend Al Sharpton a salué sur Instagram «un rêve vivant», rappelant combien Jesse Jackson avait su inspirer des générations de jeunes Afro-Américains à croire en leur valeur et en leur potentiel.
Engagements internationaux et combats récents
Médiateur international, Jesse Jackson fut impliqué dans plusieurs dossiers diplomatiques sensibles, intervenant en Syrie, en Serbie ou en Irak pour négocier la libération de prisonniers américains. Opposant déclaré à l’apartheid, il joua également un rôle d’émissaire en Afrique dans les années 1990 sous la présidence de Bill Clinton.
Plus récemment, il s’était tenu aux côtés de la famille de George Floyd, dont la mort en 2020 avait déclenché une vague mondiale de protestations contre les violences policières, ainsi qu’au procès des accusés du meurtre d’Ahmaud Arbery en Géorgie.
Affaibli par la maladie de Parkinson, révélée publiquement en 2017, et hospitalisé en novembre dernier pour une affection dégénérative sévère, il avait continué à apparaître en public aussi longtemps que sa santé le lui permettait.
Les condoléances de l’OHDLP
Dans son message, l’OHDLP adresse ses «plus vives sympathies» à l’épouse, aux six enfants et aux petits-enfants du défunt, ainsi qu’à la communauté internationale des droits humains, aux dirigeants du Parti démocrate américain, au Congrès, au gouvernement et au peuple américain.
Pour l’organisation haïtienne, la disparition de Jesse Jackson «laisse un vide immense dans la lutte pour les droits des opprimés» et rappelle l’actualité permanente du combat pour l’égalité raciale et la justice sociale à travers le monde.
Avec la mort de ce «grand mapou» du mouvement des droits civiques, c’est une page majeure de l’histoire contemporaine américaine qui se tourne, mais un héritage militant qui, selon l’OHDLP, continuera d’inspirer les générations futures.
Jean Mapou / Le Relief


