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Entre mise en cause publique et exigence de vérité : passe d’armes entre Smith Augustin et Sauveur Pierre Étienne

Un échange public oppose depuis plusieurs jours l’ancien membre du Conseil Présidentiel de Transition, Smith Augustin à l’intellectuel et homme politique Sauveur Pierre Étienne, autour d’une question particulièrement sensible : celle des responsabilités éventuelles liées à l’assassinat du Président Jovenel Moïse.

À l’origine de la controverse, des déclarations faites par Sauveur Pierre Étienne sur les ondes de Radio Télé Métropole, laissant entendre l’existence d’éléments susceptibles d’établir une implication directe de Smith Augustin dans le magnicide. Ces propos ont rapidement suscité des réactions, tant en raison de la gravité de l’accusation que du statut des personnalités concernées.

Dans une correspondance rendue publique, Sauveur Pierre Étienne a apporté des précisions importantes. Il y indique que ses propos ne visaient pas à imputer à Smith Augustin une implication personnelle et directe dans l’assassinat du chef de l’État, mais plutôt à interroger son rôle institutionnel en tant qu’ancien chef de mission diplomatique en République dominicaine. Selon lui, la réflexion porterait sur une éventuelle « chaîne de responsabilité institutionnelle », dans l’hypothèse où un consulat haïtien aurait délivré des visas à des ressortissants colombiens ultérieurement impliqués dans le crime.

Cette clarification a conduit Smith Augustin à publier à son tour une lettre ouverte. Dans celle-ci, il prend acte de la nuance introduite par Sauveur Pierre Étienne, tout en soulignant que la tonalité initiale des déclarations médiatiques pouvait raisonnablement laisser croire à l’existence de preuves établissant une implication directe. Il insiste sur la nécessité de distinguer clairement entre soupçon institutionnel et accusation personnelle, afin d’éviter toute confusion dans l’opinion publique.

Sur le fond, Smith Augustin conteste toute connaissance ou implication relative à la délivrance de visas par un consulat haïtien en République dominicaine. Il rappelle que le fonctionnement des services consulaires ne repose pas sur un mécanisme de contrôle préalable des visas placé sous l’autorité directe de l’ambassadeur. Selon lui, il n’existait ni protocole interministériel formalisé ni chaîne décisionnelle structurée lui permettant d’exercer un tel contrôle. Il affirme en outre avoir proposé, dès son entrée en fonction en août 2020, un plan stratégique visant à moderniser l’action diplomatique et à instaurer un mécanisme formel de coordination et de supervision consulaire, incluant un format uniforme et numéroté des visas. Cette initiative, restée sans suite, est présentée comme la preuve de sa volonté de corriger les failles institutionnelles plutôt que de les entretenir.

Au-delà de la défense personnelle, la lettre de Smith Augustin s’inscrit dans un registre plus large : celui de la responsabilité du débat public dans un contexte national marqué par la fragilité institutionnelle et la quête de justice. Il affirme partager l’objectif de vérité et soutenir toute enquête rigoureuse menée par les instances judiciaires compétentes. Toutefois, il met en garde contre les déclarations hâtives qui pourraient nourrir des interprétations dommageables et accentuer les fractures au sein de la société.

Dans une dimension plus théorique, il convoque la pensée de Max Weber, rappelant la distinction que ce dernier établissait entre le savant et le politique. Le premier serait guidé par l’exigence méthodique de vérité et la distance critique ; le second évoluerait dans l’arène du pouvoir, marquée par les rapports de force et les stratégies. En s’adressant « au savant » chez Sauveur Pierre Étienne, Smith Augustin invite à un débat fondé sur la rigueur des faits plutôt que sur l’effet des déclarations publiques.

Cet échange met en lumière plusieurs enjeux majeurs pour la société haïtienne. D’une part, la nécessité de faire toute la lumière sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse, événement traumatique dont les ramifications institutionnelles et internationales demeurent complexes. D’autre part, l’exigence d’une culture du débat public fondée sur la prudence, la précision et le respect des personnes.

Dans un pays où la confiance dans les institutions et les médias est déjà fragilisée, la frontière entre interrogation légitime et mise en cause personnelle doit être maniée avec une extrême vigilance. La recherche de vérité sur le magnicide ne peut s’accomplir durablement que dans le cadre d’enquêtes judiciaires rigoureuses, indépendantes et respectueuses des droits de chacun.

Au final, au-delà des personnes, cet échange pose une question essentielle : comment concilier responsabilité politique, exigence scientifique et respect de l’État de droit dans un contexte de crise profonde ? La réponse à cette question conditionne en grande partie la qualité du débat démocratique et la crédibilité des institutions en Haïti

Par la rédaction

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