Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, le mardi 3 février 2026 —Les travaux du Dialogue interhaïtien, tenus du 1er au 3 février 2026 à l’Hôtel Montana, ont abouti à une proposition de nouvelle architecture du pouvoir exécutif, présentée par les initiateurs comme une tentative de sortie de crise à l’approche du 7 février. Le document final recommande la mise en place d’un système exécutif à deux têtes, structuré autour d’un Collège présidentiel et d’un chef de gouvernement.
Selon le texte présenté par Clovis Obas, ancien parlementaire du PHTK aux Cayes, le Collège présidentiel serait composé de trois personnalités issues respectivement du Conseil présidentiel de transition (CPT), de la Cour de cassation et de la société civile. Les initiateurs estiment que cette formule permettrait d’assurer un équilibre institutionnel et d’éviter une vacance brutale du pouvoir.
Toutefois, cette proposition suscite de vives contestations. Plusieurs participants ont remis en cause la composition de l’assemblée, la méthodologie du dialogue et la légitimité des décisions annoncées.
L’ancien député Arodon Bien-Aimé s’est montré particulièrement critique, affirmant que la rencontre aurait été dominée par des proches du CPT :
« Ils se sont réunis, ils ont rassemblé pratiquement tous les employés des cabinets du CPT pour venir annoncer la formation d’un Collège présidentiel… »
Pour lui, le débat fondamental reste celui de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition :
« Le mandat du CPT est arrivé à terme, les membres du CPT doivent plier bagage et partir. »
Une position qui rejette toute tentative de prolongation, directe ou indirecte, de l’actuel dispositif de transition.
L’ancien parlementaire a également dénoncé l’absence de mécanismes démocratiques internes au dialogue :
« Ils ont parlé d’élections pour prendre les décisions, mais aucune élection n’a été organisée », a-t-il souligné, évoquant le contexte de la salle et la manière dont les orientations finales ont été arrêtées.
Malgré ces critiques, le dialogue du Montana a réuni plusieurs acteurs politiques et sociaux, dont le secteur du Vodou à travers la KNVA – représentée par l’empereur Mondestin, le docteur Jean Hénold Buteau, divers partis et organisations politiques, ainsi que des membres influents du CPT, notamment Leslie Voltaire et Fritz Alphonse Jean. Une diversité qui, pour certains observateurs, n’a pas suffi à garantir un véritable équilibre des forces en présence.
Fait notable, les organisateurs ont annoncé que les dépôts de dossiers de candidature aux postes de président et de Premier ministre débuteront ce mercredi 4 février 2026. Cette décision, prise alors même que la légitimité du cadre du dialogue est contestée, soulève de nouvelles interrogations quant à la base juridique et politique du processus engagé.
En définitive, le Dialogue inter-haïtien de l’Hôtel Montana illustre les limites d’une démarche qui prétend refonder l’exécutif sans consensus clair, sans procédures démocratiques internes solides et sans reconnaissance unanime des acteurs clés. À l’approche du 7 février, la transition haïtienne demeure suspendue à une question centrale : qui peut légitimement décider, et au nom de qui ?
Jean Wesley Pierre / Le Relief


