C’est avec une immense peine et une profonde affliction que j’ai appris la nouvelle du départ pour l’éternité du Professeur Ernst LOUIS-PIERRE, surnommé Me Capi, nouvelle qui me plonge dans une amertume indicible. Monsieur Louis-Pierre fut un pilier incontestable du système éducatif haïtien. Il a marqué de son empreinte tant de générations que celles-ci porteront, tout au long de leur existence, les fruits de l’instruction ainsi que l’héritage des valeurs morales et culturelles qu’il a su leur transmettre.
Cet homme plein de vie et d’ardeur fut une étoile éclatante, brillant de mille feux. Il incarnait, comme vous l’avez si justement souligné,
Professeur Agénor Cadet, l’archétype de l’homme de culture, profondément pluridisciplinaire.
Non seulement il chérissait les livres comme de fidèles compagnons, mais surtout, il aimait enseigner tout en prodiguant des conseils salutaires à celles et ceux qui le fréquentaient. La lecture représentait donc pour lui une passion sur laquelle il s’appuyait afin de transmettre son savoir avec générosité.
On le croisait fréquemment dans les librairies et chez les bouquinistes, acquérant des ouvrages dans lesquels il puisait pour mieux dispenser ses cours. Cet attachement, loin de lui assurer une ascension matérielle, l’a plutôt pourrait-on dire absorbé tout entier. À Saint-Martial, où j’ai eu l’insigne privilège de côtoyer cet esprit imprégné d’une culture remarquable et d’une rigueur exemplaire, il a marqué durablement, et pour le meilleur, la grande majorité d’entre nous, dont je fais partie.
L’exigence intellectuelle de ce professeur, aux yeux de certains, confinait parfois à l’excès. Toutefois, sa clairvoyance dépassait de loin la nôtre. Ses méthodes, parfois abruptes et déconcertantes, rappelaient l’autorité ferme d’un père de famille que l’on prend d’abord pour un despote. Mais avec le recul et l’épreuve du temps, il devenait manifeste qu’il n’agissait que dans notre intérêt, pour notre élévation intellectuelle et morale.
Comme l’a si éloquemment exprimé Victor Hugo :
« À chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. »
Oui, Me Louis-Pierre, vous n’avez pas semé en terre ingrate ! Oui, Me Louis-Pierre, c’est en grande partie grâce à vous que nous sommes devenus des hommes !
Nombreux sont ceux qui partageront cette conviction, et je me permets de solliciter l’indulgence de ceux qui pourraient la contester en affirmant que le feu professeur Louis-Pierre, dit Capi, n’a tiré que de maigres bénéfices du système éducatif haïtien, ayant traversé des périodes d’une grande obscurité. En effet, il ne disposait ni d’une assurance santé ou vie, ni même d’une demeure qui lui appartenait. Dans cette même perspective, il convient de rendre un hommage appuyé à celles et ceux qui n’ont jamais ménagé leurs efforts pour lui apporter leur soutien.
Professeur Cadet, mon ami et mon frère, cette perte devrait attrister la nation tout entière, ainsi que nos confrères et consœurs établis à l’étranger. Le professeur Louis-Pierre fut un enseignant d’exception, un modèle dont beaucoup gagneraient à s’inspirer. Il a su tenir à distance la haine, l’avidité, la corruption et l’orgueil. En revanche, il a patiemment cultivé des biens inestimables : le patriotisme, la discipline, la solidarité, la culture intellectuelle, le partage, l’amitié, l’amour, la courtoisie, la bienveillance et l’empathie.
Notre promotion 1992-1993, MAGNÉTIX, profondément affectée par sa disparition, présente ses condoléances les plus sincères à sa famille, à ses proches et, tout particulièrement, à ses anciens élèves. Bien que je ne sois nullement mandaté pour m’exprimer en ces termes, je me permets, au nom de tous les miens c’est-à-dire de l’ensemble des Saint-Martialais et de l’administration de Saint-Martial de dire :
Bonne traversée au professeur Louis-Pierre, dit Capi.
Que le Tout-Puissant l’accueille auprès de lui et lui accorde le repos dans une éternité bienheureuse.
Jean Maudrel Joseph LESTIN


