Par Jean Wesley Pierre
Ce vendredi 10 avril 2026, le ministre de la Défense, Mario ANDRÉSOL, a déposé sa déclaration de patrimoine auprès de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), à l’occasion de la 4e édition de la Journée dédiée. Un acte conforme à la loi du 20 février 2008, que le ministre a résumé par une formule simple : « La loi oblige, j’obéis. » Pourtant, derrière cette obéissance affichée, se pose la question de l’effectivité réelle du contrôle des biens publics en Haïti.
La scène se voulait exemplaire. Dans les locaux de l’ULCC, le ministre de la Défense a déposé sa déclaration de patrimoine, geste requis par la loi pour tout haut fonctionnaire dans les trente jours suivant son entrée en fonction, puis dans les trente jours après sa sortie. Mario ANDRÉSOL a même insisté sur le caractère « constitutionnel » de cette exigence, promettant de renouveler l’exercice à la fin de son mandat. Sur le papier, rien à redire : un ministre qui obéit à la loi et clame son attachement à la « transparence, probité et bonne gouvernance ».
Mais cet acte individuel s’inscrit dans un contexte national autrement plus trouble. La loi de 2008 sur la déclaration de patrimoine existe depuis dix-huit ans, mais son application reste sporadique, souvent symbolique. L’ULCC elle-même, censée contrôler la véracité des déclarations et sanctionner les faux, manque chroniquement de moyens et d’indépendance réelle. Chaque année, des dizaines de hauts fonctionnaires déposent leurs formulaires, mais rares sont ceux qui font l’objet de vérifications approfondies. Encore plus rares sont les poursuites pour enrichissement illicite. Dans ce vide, la déclaration de patrimoine devient parfois une simple formalité administrative, plus proche de la communication que du contrôle.
Le ministre ANDRÉSOL a choisi une formule laconique : « La loi oblige, j’obéis. » On ne saurait lui reprocher de se conformer. Mais obéir à la loi, c’est le minimum. Le véritable test viendra plus tard : que fera-t-il quand l’ULCC ou la presse voudra confronter sa déclaration de fin de mandat à sa situation réelle ? La promesse de « renouveler cet exercice » est encourageante, mais elle ne vaut que si l’institution de contrôle dispose des leviers pour authentifier les biens déclarés, vérifier les comptes bancaires, les terrains, les véhicules et les évolutions patrimoniales.
Par ailleurs, l’événement se veut une « Journée de déclaration de patrimoine », sa 4e édition. C’est un progrès institutionnel. Mais une journée ne suffit pas quand la corruption systémique ronge l’État. Les citoyens haïtiens, habitués aux scandales de détournements, aux ministres sans patrimoine déclaré ou aux déclarations fantaisistes, ne se contentent plus de gestes isolés. Ils attendent des contrôles croisés, des publications non anonymisées (dans le respect de la vie privée), et des sanctions exemplaires en cas de fraude.
En définitive, Mario ANDRÉSOL a rempli son devoir légal. C’est une bonne nouvelle. Mais en Haïti, où la défiance envers la classe politique atteint des sommets, la transparence ne se décrète pas : elle se prouve. La véritable évaluation de cette déclaration aura lieu dans quelques mois, lorsque l’ULCC publiera (ou non) ses conclusions, et lorsque les citoyens pourront constater que la loi n’est pas seulement un texte que l’on invoque, mais un engagement que l’on applique. D’ici là, la phrase du ministre résonne comme une litanie : « La loi oblige, j’obéis. » Espérons que l’obéissance ne soit pas seulement celle du déclarant, mais aussi celle du système qui doit le contrôler.


