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CPT : la farce finale d’une transition sans honneur

Par Pierre Josué Agénor Cadet

À l’agonie de son prétendu mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) offre au pays l’un de ses spectacles les plus consternants : une querelle de signatures, de chaises et d’egos, là où l’urgence nationale exigeait courage, lucidité et responsabilité. À deux semaines de la fin de son pouvoir, cette équipe de transition, déjà disqualifiée par son immobilisme, tente un dernier acte de prestidigitation politique : faire du Premier ministre le bouc émissaire d’un échec collectif retentissant.
Après près de deux années de gouvernance stérile, marquées par l’insécurité galopante, des scandales pluriels, l’effondrement institutionnel, un fort déficit de souveraineté et la perte totale de crédibilité de l’État, le CPT feint soudainement de découvrir l’inefficacité du chef du gouvernement. Quelle hypocrisie ! Le Premier ministre n’a été ni un corps étranger ni un accident de parcours : il est une créature politique du CPT, nommé, soutenu et maintenu par les mêmes conseillers-présidents qui, aujourd’hui, feignent l’indignation.

Une crise artificielle pour masquer l’échec

Cinq des sept conseillers-présidents à voix délibérative ont signé une résolution visant à révoquer le Premier ministre. Mais le Coordonnateur du Conseil, refusant de signer et de transmettre le document pour publication, a transformé cette décision en bras de fer institutionnel. La question juridique, signature ou non, majorité ou coordination, sert désormais de paravent à une réalité autrement plus crue : le CPT se disloque parce qu’il n’a jamais su gouverner.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce conflit n’est pas une bataille pour la légalité ou la bonne gouvernance. C’est une lutte de survie politique entre acteurs conscients que leur passage à la tête de l’État restera dans l’histoire comme l’un des plus stériles et des plus irresponsables de la période post-constitutionnelle récente.

Le mythe du veto du Coordonnateur

Certains analystes, dans une confusion intellectuelle inquiétante, tentent de faire croire que l’absence de signature du Coordonnateur rendrait nulle toute décision du CPT. Cette interprétation est juridiquement infondée et politiquement suspecte. Nulle part dans l’accord du 3 avril 2024 il n’est question d’un droit de veto accordé au Coordonnateur. Le CPT est un organe collégial, et la majorité qualifiée de cinq membres sur sept constitue l’expression souveraine de sa volonté.
Aller plus loin, c’est refuser de voir l’essentiel : les conseillers-présidents sont égaux en droit et en responsabilité. Le Coordonnateur n’est ni un monarque, ni un arbitre suprême ; il est un primus inter pares. Et à ce titre, il peut être remis en cause par la même majorité qui a compétence pour révoquer le Premier ministre.

Une transition sous tutelle étrangère

Plus grave encore est l’attitude des représentants des États-Unis et du Canada, qui se sont empressés de faire bloc derrière le Premier ministre au nom d’une prétendue  » stabilité » . Depuis quand la stabilité se construit-elle sur l’échec, l’insécurité, l’inaction et la paralysie ? Cette posture révèle une vérité dérangeante : la transition haïtienne n’a jamais été pleinement souveraine. Les décisions majeures continuent à se prendre sous le regard, et souvent sous la pression, de chancelleries étrangères, davantage soucieuses d’un statu quo contrôlable que du salut réel du pays.
La classe politique haïtienne, émanatrice du CPT, fidèle à elle-même, se divise sur une querelle de personnes, incapable de poser la seule question qui vaille : à quoi le CPT a-t-il réellement servi ?

Une fin de mandat indigne

À moins de deux semaines de la fin de leur mandat, vouloir révoquer le Premier ministre relève du ridicule politique. C’est l’aveu ultime d’un naufrage. Conseillers-présidents et chef du gouvernement sont liés par une responsabilité commune : celle d’avoir laissé passer le temps sans vision, sans résultats et sans courage.

Tous ont rendez-vous avec l’histoire le 7 février 2026. Et ce jour-là, aucune manœuvre de dernière minute, aucune résolution tardive, aucune querelle de signature ne pourra effacer la réalité : le CPT aura échoué, non par manque de pouvoir, mais par absence de hauteur d’État.
Ce qui se joue aujourd’hui au sommet de la transition n’est pas une crise institutionnelle ; c’est la farce finale d’un pouvoir sans boussole, plus préoccupé par sa survie symbolique que par le destin d’un pays à genoux.

Pierre Josué Agénor Cadet

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