Par Jean Wesley Pierre
Belém (Brésil), 6 novembre 2025 —
Sous la chaleur moite de l’Amazonie, la trentième Conférence des Parties (COP30) s’ouvre ce 6 novembre 2025 à Belém, dans un climat d’urgence planétaire. Trente ans après la première COP tenue à Berlin, le monde se retrouve une fois de plus pour tenter de réinventer la coopération climatique, à un moment où la planète affiche ses plus graves symptômes : canicules extrêmes, sécheresses chroniques, incendies géants et inondations à répétition.
Du 6 au 21 novembre 2025, le Centre de congrès Hangar de l’Amazonie accueille des représentants de 197 pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC). La COP30 est également la 20ᵉ session du Protocole de Kyoto et la 7ᵉ session de la Conférence des Parties à l’Accord de Paris.
Mais au-delà des chiffres et des protocoles, cette conférence revêt une signification particulière : elle se tient au cœur de la plus grande forêt tropicale du monde, poumon vital pour l’équilibre climatique global. Pour le Brésil, qui revendique un rôle moteur dans la diplomatie environnementale, ce rendez-vous est une tribune pour démontrer que la protection de la forêt amazonienne peut devenir une source de prospérité et non un frein au développement.
Dès l’ouverture, le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva a donné le ton en lançant le Tropical Forest Forever Facility, un mécanisme innovant visant à rendre la préservation des forêts plus rentable que leur destruction.
« Il est temps que la planète rémunère ceux qui protègent ses poumons », a déclaré Lula, soulignant la nécessité de “récompenser la vie plutôt que la déforestation”.
Cette initiative, saluée par le secrétaire exécutif de l’ONU Climat, Simon Stiell, est perçue comme un tournant concret dans la lutte contre le changement climatique. Elle propose de garantir un financement durable et prévisible pour les pays tropicaux, afin de compenser la non-déforestation et de soutenir les communautés locales.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a également applaudi la mesure, la qualifiant de « déclaration de solidarité et d’espoir ».
Présente à Belém avec une délégation conduite par le cardinal Secrétaire d’État de cité du Vatican, Pietro Parolin, la diplomatie vaticane s’efforce de replacer le débat sur le terrain éthique et humain.
Le nonce apostolique au Brésil, Mgr Giambattista Diquattro, a cité le pape François :
« Il faut donner un signe concret d’espérance. Que cette COP soit un tournant : qu’elle manifeste une volonté politique claire et tangible, conduisant à une nette accélération de la transition écologique. »
Le Saint-Siège plaide pour une “écologie intégrale”, liant la protection de la nature à la justice sociale, et insiste sur le rôle des femmes, des jeunes et des peuples autochtones dans cette transformation mondiale.
La COP30 doit aussi affronter un sujet explosif : le financement de la transition climatique. Les pays en développement dénoncent un déficit d’ambition des nations riches, qui n’ont pas respecté leurs promesses financières faites à Bakou lors de la COP29.
Les 300 milliards de dollars par an promis pour soutenir les nations vulnérables d’ici à 2035 semblent largement insuffisants face à l’ampleur des catastrophes climatiques. Plusieurs États du Sud, appuyés par le Saint-Siège, réclament une réforme de l’architecture financière mondiale, afin de transformer la dette écologique en investissements durables.
« Ceux qui ont le moins pollué ne peuvent continuer à payer le prix fort des catastrophes qu’ils n’ont pas provoquées », a rappelé le ministre ghanéen de l’Environnement, dans un discours applaudi par de nombreuses délégations africaines.
Cette conférence se tient dans un contexte international tendu : retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, crise énergétique mondiale, montée des mouvements climatosceptiques, course à l’armement nucléaire intense et ralentissement des investissements verts.
La flambée des prix à Belém et le manque de logements ont déjà poussé plusieurs délégations modestes à réduire leur participation, soulevant la question de la justice climatique jusque dans la logistique de la conférence.
Contrairement aux précédentes conférences marquées par des annonces spectaculaires, la présidence brésilienne mise sur l’action concrète. L’objectif est de traduire les engagements existants en mesures mesurables, en particulier dans les domaines de :
- la sortie progressive des combustibles fossiles
- la transition énergétique juste
- la protection des écosystèmes essentiels
- et l’éducation climatique
Trente ans après la première COP, la conférence de Belém pourrait marquer le retour de la coopération multilatérale dans un monde fragmenté. Entre urgence scientifique et inertie politique, la planète joue une partie décisive : celle de sa survie.
Dans le cœur battant de l’Amazonie, les peuples, les forêts et la science appellent à un même souffle : celui d’une alliance renouvelée entre les nations et la nature, avant qu’il ne soit trop tard.


