Par Sonet Saint-Louis, av.
La communauté universitaire est en deuil. Elle pleure le départ prématuré du professeur Blanchard Jean-Baptiste, qui s’est éteint ce mardi 3 mars 2026. Il souffrait d’un cancer de la gorge. Me Blanchard était une figure marquante de l’enseignement supérieur en Haïti. J’ai grandi dans sa sagesse pendant ces vingt dernières années. Je l’aimais pour sa simplicité et sa contribution à l’enseignement du droit en Haïti.
Je salue avec émotion sa mémoire et son dévouement. Il était d’une grande simplicité envers ses collègues et les étudiants à la Faculté de droit de l’Université d’État d’Haïti. C’est lui qui m’avait introduit à l’UNIFA pour mon cours de droit des affaires intitulé : Commerce, production, consommation, concurrence et normes dans un environnement national et international », en tant que jeune professeur nouvellement arrivé. Cette université de qualité, dirigée par le docteur Jean-Bertrand Aristide, ancien président constitutionnel de la République, est une référence dans l’enseignement supérieur en Haïti.
Cet événement tragique témoigne de la perte de piliers académiques dans notre monde universitaire. L’UNIFA, je ne cesse de le répéter, est une œuvre d’élite dédiée à tout un peuple. Elle incarne la beauté et l’excellence.
La communauté universitaire se souviendra de ses rapports amicaux avec les professeurs et les étudiants. Envers moi, il avait toujours fait preuve d’un grand respect. Il aimait mes textes et ma plume. Pour ces deux facultés de droit, il était un pilier, une présence constante, une contribution essentielle à l’établissement d’une culture d’excellence.
Au nom de la communauté universitaire, je présente mes sincères condoléances à sa famille, à ses enfants, notamment au recteur de l’UNIFA ainsi qu’au doyen de la Faculté de droit et des Sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti, le professeur Eugène Pierre-Louis, camarade de la promotion de l’Espoir que le président Jean-Bertrand Aristide avait parrainée de manière majestueuse. Je me rappelle comme si c’était hier cette cérémonie spectaculaire de graduation qui avait eu lieu au Palais national. Il s’agit d’un souvenir marquant, auquel le professeur Blanchard avait largement contribué.
Tout en ressentant le vide qui se crée autour de nous à cause de la disparition des êtres chers, je ne peux m’empêcher d’évoquer la mémoire vivace d’un événement heureux désormais passé. Cette manifestation académique, à caractère officiel, n’était pas un fait hasardeux. Au sein de cette promotion, malgré la présence de personnes occupant de hautes fonctions dans la hiérarchie gouvernante du pays, je continue de penser qu’il y aura tôt ou tard quelqu’un qui bénéficiera d’un destin national salvateur. L’avenir sera toujours ce que nous voulons qu’il soit, à condition que Dieu nous aide à assumer notre destin.
Allez, professeur, même si vos bonnes manières manqueront à l’appel du vécu quotidien. La mort est un rendez-vous doux, pour reprendre le classique québécois de Gerry Boulet. Pour vos proches, votre vie ne demandait qu’à se prolonger pour leur bonheur et leur délectation. Mais que peut-on faire lorsque l’on est arrivé au bout du chemin ? Quelle est donc l’alternative ? C’est d’accepter la finitude en abandonnant la peur de la mort à Dieu, qui l’a rendue possible.
Je regrette de ne pas avoir eu la chance de murmurer à votre oreille des mots d’espoir lorsque vous avez fermé les yeux.
Soyez rassuré que la continité est parfaitement garantie. C’est incontestable ! L’UNIFA que vous aimiez tant, malgré votre absence cruellement ressentie, continue de promouvoir, avec une vigueur soutenue, de grandes figures intellectuelles et professionnelles contemporaines du monde de l’esprit chez nous. À cette mission, je m’y engage. Car Haïti, quoi qu’on en dise, a besoin d’une autorité savante, patriotique, éclairée et honnête pour gouverner son destin — une autorité qui mettra fin au règne des imbéciles heureux, des politiciens minables et analphabètes, des intellectuels bourrés de savoir scientifique ou technique mais non guidés par l’éthique. Le recteur de l’UNIFA, le docteur Jean-Bertrand Aristide, insiste sur la nécessité d’allier la connaissance à une réflexion sur les conséquences de nos actions.
En songes et en pensées… Mais sachons garder la mémoire des hommes et des femmes qui ont contribué à ce que nous sommes.
Sonet Saint-Louis, av.
Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique
à la Faculté de droit et des Sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti
Professeur de philosophie


