En hommage à Dutty Boukman
7 novembre 1791 – 7 novembre 2025 (234 ans après)
Par Evans Paul
L’histoire d’Haïti, mémoire de grandeur et de sacrifice
L’histoire d’Haïti est marquée par des êtres d’exception dont la mort n’a pas effacé la grandeur, mais l’a consacrée. Ces âmes ardentes, vouées à la liberté, ont laissé derrière elles des corps suppliciés devenus des symboles — des semences d’espoir pour la dignité humaine et la souveraineté nationale.
Le corps de Boukman, livré en spectacle
Le 7 novembre 1791, il y a 234 ans, les colons français, terrifiés par la révolte antiraciste, anticolonialiste et antiesclavagiste qui embrasait Saint-Domingue — devenue Haïti le 1ᵉʳ janvier 1804 — exposèrent publiquement au Cap-Français le corps mutilé de Dutty Boukman, leader du congrès du Bois Caïman.
Ils croyaient éteindre la flamme qu’il avait allumée. Mais en exhibant son cadavre, ils consacrèrent malgré eux la figure du martyr fondateur des droits humains.
Son sang, versé dans le combat pour la liberté, se mêla à celui d’autres ancêtres et nourrit la première étincelle de la Révolution haïtienne (1791–1804) — la plus éclatante conquête de dignité de l’histoire moderne.
Mackandal, le précurseur
Avant Boukman, un autre insurgé, François Mackandal, s’était dressé contre le joug de l’esclavage. Brûlé vif en 1758 sur la place publique du Cap-Français, il incarna la première flamme de l’insoumission.
On raconte que ses chaînes se brisèrent dans les flammes et que son âme s’envola, portée par les cris d’espérance des esclaves. Là encore, le supplice ne détruisit pas la révolte : il la propagea. Le feu qui consuma le corps de Mackandal devint la braise ardente de Boukman.
Charlemagne Péralte, crucifié pour la patrie
Près d’un siècle et demi plus tard, le 31 octobre 1919, l’occupant américain abattit Charlemagne Masséna Péralte, chef de la résistance nationale haïtienne.
Son corps fut attaché à une porte, photographié et affiché dans les rues du Cap-Haïtien — ancien Cap-Français — pour intimider la population.
Mais ce geste sacrilège transforma Charlemagne Péralte en Christ national, figure rédemptrice d’une patrie crucifiée. Comme Boukman et Mackandal avant lui, il entra à son tour dans la légende des immortels.
Numa et Drouin, la jeunesse sacrifiée et immortalisée
Le 12 novembre 1964, deux jeunes patriotes haïtiens, Marcel Numa et Louis Drouin, furent fusillés devant le cimetière de Port-au-Prince pour avoir défié la dictature duvaliériste. Leurs corps tombèrent sous les balles, mais leurs regards restèrent ouverts sur l’avenir d’un pays qu’ils rêvaient libre et juste.
Leur mort rappelle que les générations changent, mais que la dignité humaine demeure une valeur inaltérable — tout comme l’idéal du Bien Commun, prôné aujourd’hui par le Centre ABC – Atizan Bon Chanjman, reste une constante de la conscience haïtienne.
Synthèse : les grands ne meurent pas
Depuis le Bois Caïman jusqu’à nos jours, l’histoire d’Haïti montre que les bourreaux ont souvent cru tuer la liberté en exposant les corps de ceux qui la portaient. Pourtant, chaque fois, les cadavres des immortels se sont relevés dans la mémoire du peuple, plus vivants encore, tandis que leurs assassins s’effaçaient dans le déshonneur et l’oubli.
Ces corps martyrisés, loin de marquer la fin d’une existence, ont forgé un chemin de lumière, scellant la naissance d’un mythe et d’une idée : celle de la liberté, de la dignité et du refus de l’inacceptable.
Evans Paul, Ancien Premier Ministre
CENTRE ABC – ATIZAN BON CHANJMAN


