Par Yves Lafortune
Environ 6 000 policiers face à 12 000 membres de gangs armés. C’est le discours de Son Excellence Mr Henry Wooster au Congrès Américain. Il a les chiffres de la police et tenez vous bien, des gangs aussi. Le pays se lit désormais en ratios. On ne parle plus d’un projet collectif, mais d’un équilibre sécuritaire minimal. L’économie devient un outil de pacification, les élections un mécanisme d’encadrement, l’État un objet de gestion.
Le plus frappant reste l’absence du peuple haïtien comme sujet politique. Haïti continue d’exister, mais à la troisième personne ( Casseus 2026).
Et une question plus profonde surgit : à quel moment un pays cesse-t-il de parler pour lui-même sans même s’en rendre compte ?
Combien de citoyens avons-nous exactement ? Le pays ne le sait pas.
Combien d’hôpitaux fonctionnels sur l’ensemble du territoire ? Nous ne disposons pas d’un chiffre consolidé.
Combien de professeurs, combien d’écoles réellement opérationnelles ? Les données sont fragmentaires, incertaines, parfois inexistantes.
Nous naviguons dans l’approximation pendant que le Blanc dispose de bases de données précises sur nous.
Or, un pays se dirige avec des données. On planifie avec des chiffres. On sécurise avec des statistiques. On investit avec des indicateurs.
Si nous ne produisons pas nos propres données, d’autres les produisent pour nous et décident en conséquence. N’est ce pas ?
La souveraineté ne se perd pas seulement par les armes. Elle se perd aussi par l’ignorance de soi.
Yves Lafortune, PH.D Candidate, MPA, Av

