1er mai en Haïti : la fête de l'agriculture dans un pays qui ne produit presque plus et ne vit plus de son travail
Par Wideberlin SENEXANT · Port-au-Prince
· 2 min de lecture
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Entre une agriculture paralysée par l’insécurité et un travail qui ne garantit plus la survie, le 1er mai, commémoré comme fête de l'agriculture et du travail en Haïti, expose les failles profondes d’un système à bout de souffle.
Si le 1er mai est censé célébrer deux piliers fondamentaux de toute société : le travail et l’agriculture. En Haïti, ces deux symboles sont aujourd’hui vidés de leur sens.
Comment parler d’agriculture dans un pays où produire est devenu un acte de bravoure ? Des zones stratégiques comme Kenscoff ou l’Artibonite, autrefois essentielles à l’approvisionnement national, sont désormais sous l’emprise de groupes armés. Les paysans y travaillent dans la peur, quand ils peuvent encore travailler. Et même lorsque la terre donne dans d'autres provinces, le fruit du labeur ne parvient pas jusqu’aux marchés. Les routes sont verrouillées, les circuits de distribution brisés.
Pendant ce temps, les marchés de la capitale débordent de produits importés. Ceux de la République voisine y occupent une place de plus en plus dominante, sans véritable contrôle ni politique de protection pour la production locale. Le constat est brutal : ce que le pays ne peut plus produire est remplacé, sans résistance, par ce que d’autres produisent à sa place. L’agriculture nationale recule, étouffée à la fois par l’insécurité et par l’absence de vision.
Sur le plan du travail, la situation n’est guère plus encourageante. Le chômage s’impose comme une norme, notamment chez les jeunes.
Et pour ceux qui travaillent, la réalité est tout aussi implacable : le salaire ne permet plus de vivre. Les ouvriers de la sous-traitance, payés environ 685 gourdes pour une journée de huit heures, en sont l’exemple le plus frappant. Ce revenu, déjà insuffisant hier, est devenu dérisoire aujourd’hui.
Car dans le même temps, le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Les hausses répétées du prix du carburant, justifiées par les turbulences du marché mondial et les tensions au Moyen-Orient, ont un effet immédiat sur le quotidien des Haïtiens. Transport, nourriture, produits de base : tout grimpe. Tout, sauf les salaires.
Le pays fonctionne ainsi sur une contradiction permanente : produire est presque impossible, travailler ne garantit plus la dignité, et consommer devient un luxe. Une équation à plusieurs inconnues, sans réelle volonté politique pour en résoudre les termes.
Alors, que célèbre-t-on vraiment ce 1er mai ? Une agriculture asphyxiée ? Un travail dévalorisé ? Ou simplement l’illusion d’un équilibre qui n’existe plus ?
Plus qu’une fête, cette date devrait être un électrochoc. Car un pays qui ne peut ni produire ni rémunérer dignement le travail est un pays qui s’éloigne chaque jour un peu plus de sa propre souveraineté.
Wideberlin Sénexant



