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A Solino, l’État est revenu là où il avait déserté, est-il prêt à y rester?

PORT-AU-PRINCE.— La visite des autorités haïtiennes à Solino, présentée comme un acte de reconquête de l’autorité publique, soulève autant de questions qu’elle ne prétend apporter de réponses. Derrière la mise en scène officielle du retour de l’État, persiste le malaise d’un pouvoir qui peine encore à démontrer sa capacité à exercer une souveraineté réelle et durable dans les territoires longtemps abandonnés.

Les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, se sont rendus ce samedi dans ce quartier emblématique de Port-au-Prince, dans le cadre du programme gouvernemental «Retour au quartier». Une initiative à haute valeur symbolique, certes, mais dont la portée concrète reste largement sujette à caution. Car si l’État affirme revenir, encore faudrait-il démontrer qu’il en avait conservé les moyens.

Pendant des années, Solino a vécu au rythme de la violence armée, de l’effacement des institutions publiques et de l’abandon des services essentiels. Ce vide a été comblé par des groupes criminels qui ont imposé leur propre ordre, souvent avec une brutalité extrême. Dans ce contexte, la simple présence ponctuelle de hauts responsables, sous forte protection, ne saurait suffire à effacer des années de démission étatique.

Plus troublant encore, les conditions mêmes de cette visite alimentent les soupçons. Comment une telle descente a-t-elle été rendue possible dans un quartier que les ont autorités avaient abandonné au profit de gangs lourdement armés? Dans l’opinion publique, des interrogations persistantes circulent, évoquant d’éventuels arrangements tacites avec le groupe criminel Viv Ansanm, qui, il y a quelques semaines avait lancé un appel au retour.

A quel prix le CPT a-t-il obtenu l’accès sécurisé temporaire à certains axes stratégiques. Des allégations que les autorités n’ont, jusqu’ici, ni clairement dissipées ni étayées par des explications convaincantes.

Face à ces doutes, le discours officiel martèle la fermeté et la volonté de rétablir l’ordre. Pourtant, les annonces restent vagues et les engagements concrets difficiles à identifier. Aucun calendrier précis, aucun plan détaillé de sécurisation durable, ni de réinstallation effective des services publics n’a été clairement communiqué à l’issue de la visite. Le risque est grand de voir cette initiative se réduire à une opération de propagande, destinée davantage à manipuler l’opinion qu’à transformer la réalité du terrain.

Pour les habitants de Solino, la prudence s’impose. L’expérience leur a appris que les promesses de l’État ne sont parfois que du vent, tandis que les représailles des groupes armés, elles, peuvent être immédiates. D’ailleurs une image, devenue virale sur les réseaux sociaux, montre un citoyen se défouler sur le premier ministre.

Le véritable retour de l’État ne se mesurera ni à une marche officielle ni à des images diffusées, mais à la présence continue de la police, à la reprise des services publics, à la protection des civils et à la restauration progressive de la confiance. À Solino, l’État peut affirmer être revenu. Reste à savoir s’il est prêt, cette fois, à y rester.

Jean Mapou / Le Relief

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