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Haïti : deux dialogues, deux trajectoires, une même crise

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le dimanche 1er février 2026 —À six jours de la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la scène politique haïtienne s’est fragmentée en deux espaces de concertation distincts, révélateurs des profondes divisions qui traversent la transition. Tandis qu’un dialogue interhaïtien s’est ouvert à l’hôtel Montana sous l’impulsion de membres du Conseil Présidentiel de Transition, une autre rencontre politique s’est tenue simultanément à l’hôtel Oasis, aboutissant à la proposition d’une gouvernance bicéphale à compter du 7 février.

À l’hôtel Montana : un dialogue sous tension, sous observation et sous discours souverainiste

À l’initiative les membres du Conseil Présidentiel de Transition Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, un forum interhaïtien a démarré ce dimanche à l’hôtel Montana. Autour de la table : des représentants du secteur politique, du mouvement syndical, du secteur vodou et quelques organisations sociales. La présence d’un observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) contrastait toutefois avec l’absence remarquée des principaux partenaires internationaux traditionnels, notamment les États-Unis, le Canada et la France.

C’est dans ce contexte que le diplomate Pierre Antoine Louis a tenu un discours se voulant rassembleur mais profondément souverainiste, affirmant :

« Quelle que soit la formule sur laquelle un groupe d’Haïtiens s’accordera, même si je ne suis pas d’accord, je l’accepterai dès lors que c’est ce qui est bon pour Haïti. »

Cette déclaration, largement relayée dans les couloirs du Montana, visait à légitimer le processus en cours comme une tentative de sortie de crise strictement nationale. Pierre Antoine Louis est allé plus loin en excluant explicitement toute ingérence ou médiation étrangère dans les choix à venir :

« Je ne pense pas que ni la CARICOM, ni l’OEA, ni l’ONU, ni les pays dits amis d’Haïti — États-Unis, Canada, la France — aient quoique ce soit à voir là-dedans… Des Haïtiens se réunissent, ce qu’ils trouvent comme solution, ils l’appliqueront le 7 février 2026. »

Un positionnement qui tranche avec la réalité diplomatique observée depuis le début de la transition, largement encadrée par des acteurs internationaux, et qui entre en contradiction avec les informations de sources concordantes indiquant que la CARICOM et Washington privilégieraient plutôt une continuité gouvernementale autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

De son côté, l’ancien député A. Rodon Bien-Aimé se dit pour un dialogue inclusif inter haïtien mais pas avec la continuation du CP.

À l’hôtel Oasis : une alternative politique assumée

Pendant ce temps, à Pétion-Ville, sous l’égide du groupe interreligieux, une frange importante de la classe politique haïtienne regroupant des dizaines de blocs de partis et mouvements divers s’est réunie à l’hôtel Oasis. Cette rencontre a débouché sur une décision politique forte : l’option d’une gouvernance bicéphale, dirigée par un juge de la Cour de cassation à partir du 7 février 2026.

Une commission de cinq membres, composée notamment de Djina Guillet Delatour, Annibal Coffy
et de l’ex sénateur Jean Renel Sénatus, a été mise en place pour consulter les magistrats de la Cour et évaluer leur disponibilité à assumer cette fonction. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de rupture avec les mécanismes de transition perçus comme imposés, inefficaces ou déconnectés de la réalité populaire.

Deux réunions, un même constat

Ces deux réunions parallèles traduisent une réalité préoccupante : l’absence de cadre consensuel, unificateur et reconnu pour organiser la sortie de crise. Entre un dialogue institutionnel affaibli, porté par des responsables en fin de mandat, et une initiative politique alternative encore incertaine sur le plan opérationnel, la transition haïtienne se termine dans la fragmentation.

À l’approche du 7 février 2026, ces dynamiques concurrentes illustrent moins une vitalité démocratique qu’un vide d’autorité, où chaque camp tente d’imposer sa lecture de la légitimité, dans un contexte de pressions internationales persistantes et de défiance populaire généralisée.

Jean Wesley Pierre / Le Relief

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