Par Jean Wesley Pierre
La démission du docteur Prince Pierre Sonson de son poste de directeur général de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) marque un nouvel épisode dans la crise profonde que traverse le plus grand centre hospitalier du pays. Dans une correspondance en date du 31 janvier 2026, au ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le Dr Sonson a officiellement annoncé son retrait de la direction de l’institution, selon des informations rapportées par le célèbre journaliste Wendell Théodore de la Radio Télévision Métropole.
Cette décision intervient dans un contexte de délabrement institutionnel, sécuritaire et sanitaire, où l’HUEH, autrefois pilier du système de santé haïtien, peine à remplir sa mission fondamentale de prise en charge des patients.
Une démission lourde de sens
Si aucune justification détaillée n’a encore été rendue publique par l’intéressé, la démission du directeur général s’inscrit dans une suite d’événements critiques ayant profondément affecté le fonctionnement et la gouvernance de l’HUEH au cours des deux dernières années.
Depuis 2024, l’hôpital est devenu un symbole de la vulnérabilité des infrastructures publiques face à l’insécurité armée, au manque de coordination institutionnelle et à l’absence de politiques sanitaires cohérentes. La direction de l’HUEH a dû composer avec :
- des interruptions répétées de services,
- l’insécurité chronique aux abords et à l’intérieur du site,
- la fuite du personnel médical,
- et la dégradation continue des équipements et des bâtiments.
La réouverture avortée de décembre 2024, point de bascule
La tentative de réouverture de l’HUEH, le 24 décembre 2024, a constitué un tournant dramatique. L’événement, organisé sans coordination sécuritaire adéquate, a dégénéré en fusillade meurtrière, coûtant la vie à deux journalistes et à un policier, et faisant plusieurs blessés graves, dont la journaliste Florise Desronvil, atteinte de deux balles et confrontée à un risque de paralysie faute de soins spécialisés disponibles dans le pays.
Les conséquences institutionnelles ont été immédiates : le ministre de la Santé de l’époque, Dr Duckenson Lorthé Bléma, a été révoqué de ses fonctions pour manquements graves dans l’organisation de l’événement. Toutefois, cette décision n’a pas permis de restaurer durablement la stabilité au sein de l’hôpital.
L’attaque armée et l’incendie de l’HUEH
La situation s’est encore aggravée avec l’attaque menée par des groupes armés contre l’HUEH, ayant entraîné l’incendie de plusieurs installations, la destruction d’équipements médicaux essentiels et la fuite précipitée du personnel et des patients. Cet épisode a privé des milliers de personnes d’un accès déjà limité aux soins et a renforcé l’image d’un hôpital abandonné à son sort dans un environnement d’insécurité généralisée.
Pour la direction générale, gérer un établissement hospitalier de cette envergure dans de telles conditions relevait d’un défi quasi insurmontable, sans soutien sécuritaire effectif ni moyens financiers et logistiques suffisants.
Une crise structurelle plus large
La démission du Dr Prince Pierre Sonson ne peut être analysée comme un fait isolé. Elle met en lumière une crise structurelle du système de santé haïtien, où les responsabilités individuelles se heurtent à :
- l’effondrement de l’autorité de l’État,
- l’absence de continuité administrative,
- la politisation des décisions sanitaires,
- et la dépendance accrue à l’aide humanitaire.
Dans ce contexte, la direction de l’HUEH apparaît comme un poste exposé, soumis à des pressions multiples, sans cadre de gouvernance stable ni capacité réelle d’action.
Quel avenir pour l’Hôpital Général ?
La vacance à la tête de l’HUEH pose désormais la question de la reconstruction institutionnelle du centre hospitalier. Au-delà de la nomination d’un nouveau directeur général, la survie même de l’Hôpital Général dépendra de :
▪︎ la sécurisation durable du site,
▪︎ la réhabilitation des infrastructures détruites,
▪︎ la protection du personnel de santé,
▪︎ et l’élaboration d’une politique sanitaire nationale crédible.
La démission du directeur général agit ainsi comme un signal d’alarme : sans réponse structurelle et coordonnée, l’HUEH risque de rester le reflet le plus frappant de la crise de gouvernance et de la fragilité des services publics en Haïti.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


