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L’Eternel est grand mais le Blanc est encore plus grand, Haïti mon Amour !

L’Éternel est grand, dit-on.
Mais le Blanc est plus grand encore. Et Haïti, mon amour, s’enfonce dans la merde avec une dignité silencieuse, presque résignée.

Les nouvelles du pays me parviennent comme une rumeur lourde, poisseuse, obscène. Elles n’annoncent plus la douleur : elles l’exhibent. Chaque jour. À heure fixe. Comme un rituel malsain. La journaliste du Miami Herald parlait d’une « maladie qui n’a pas encore de nom ». Elle a raison. Mais elle oublie l’essentiel : Haïti n’est plus pour Haïti. Elle est devenue une vitrine de sa propre agonie, un décor sans coulisses, un pays où même la honte a déserté.

Il y avait pourtant un peuple. Docile, dit-on , moi je dis patient. Un peuple qui voulait vivre avec son histoire, ses caprices, ses contes. Un peuple qui demandait peu : du maïs, de l’igname, quelques mandarines pour les enfants, une marmite de riz quand la terre consentait à boire. Rien de glorieux. Rien de spectaculaire. Juste de quoi rester debout.

Aujourd’hui, on nous promet un minimum de sécurité. Le Blanc, plus grand que l’Éternel, nous la concède à condition que nous disions merci. Je pense… oui, je pense qu’il faudrait dire merci. Même quand la gratitude a le goût de la peur. Même quand elle s’obtient à genoux.

Mon oncle Liserè m’a appelé ce matin. Sa voix tremblait moins de colère que de faim. Il n’a pas mangé depuis hier. Les routes sont bloquées. La marchande de pâté n’est pas passée. Son fils, enrôlé dans le métier d’abolotcho, a reçu une balle à la place de la nourriture. Ici, les balles nourrissent plus sûrement que les champs.

J’ai relu Jean-Marie Théodat, à travers un texte de Daniel. Haïti, mon amour, dit-il. Il est géographe. Mais au pays, nous n’avons plus besoin de cartes. Nous connaissons chaque impasse, chaque barricade, chaque tombe improvisée. Le territoire est désormais inscrit dans la chair.

Et pourtant… Haïti respire encore. Mal. De travers. Mais elle respire. Dans le silence d’un appel téléphonique. Dans une marmite vide qui attend. Dans un peuple qui n’a plus de mots mais qui tient.

L’Éternel est grand. Le Blanc est plus grand, peut-être. Mais quelque part, très bas, très humble, une île continue d’aimer et c’est peut-être cela, le dernier scandale!

Yo di baron se lwa ey!
E m konnen baron se lwa!

Yves Lafortune, Miami

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