Par Jean Wesley Pierre
Ce mercredi 21 janvier 2026, à l’hôtel Montana, le Groupe d’initiative pour la recherche d’une solution durable à la crise haïtienne a tenu un colloque consacré à l’insécurité et à la Force de Répression des Gangs (FRG), nouvelle mission appelée à succéder à la MSS. Au cœur des échanges : la faillite sécuritaire de l’État, la question de la souveraineté nationale et les conditions politiques, institutionnelles et sociales d’une sortie de crise.
Pour l’ancien député Deus Dorenneth, la sécurité ne peut être traitée comme une urgence improvisée. Elle relève d’un contrat fondateur de l’État, exigeant vision, planification et responsabilité.
Selon lui, l’insécurité haïtienne implique des réseaux puissants, masculins et féminins, capables d’influencer durablement les décisions publiques.
Il insiste pour dire que Penser la sécurité revient donc à affronter des intérêts structurés, pas seulement des groupes armés visibles.
L’agronome Jean André Victor a, de son côté, placé le débat sur le terrain de la souveraineté nationale. Il alerte sur une menace systémique : sécurité, élections, gouvernance, rien ne peut réussir sans l’implication centrale des citoyens.
Il interroge frontalement la société haïtienne : restera-t-elle spectatrice face à la FRG, ou choisira-t-elle d’en faire un levier de restauration de l’autorité publique ? La réussite, selon lui, dépendra d’un engagement collectif.
Selon lui, le contexte international pèse lourd. Entre 2013 et 2024, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté plus de 55 résolutions sur Haïti, illustrant une internationalisation durable de la crise.
Pourtant, au niveau interne, les réponses du Conseil présidentiel de transition (CPT) demeurent floues. Interrogés sur les conclusions de leurs discussions avec les secteurs politique et social, ses membres peinent à formuler des résolutions claires, nourrissant le doute sur la cohérence de la gouvernance actuelle.
Les risques humanitaires accentuent l’urgence. L’hypothèse d’une famine généralisée n’est plus écartée, soulignant l’interdépendance entre sécurité, économie et gestion publique.
Cinq leviers de décision ont été avancés :
- administrer les ressources sous contrôle international avec transparence ;
- mieux gérer celles relevant de l’État ;
- exploiter les ressources abondantes ;
- recourir à des raccourcis technologiques (à condition d’électricité et d’internet) ;
- et renforcer la société civile.
Enfin, l’ancien militaire Ashley Laraque a rappelé les principes de droit. Ni la société ni l’émotion ne doivent décider du sort des membres de gangs : les tribunaux seuls sont compétents, sans distinction de genre.
Il a aussi distingué gangs et terrorisme, soulignant que la lutte doit rester nationale et juridique, sans prétextes d’ingérence sécuritaire.
Au final, la FRG ne sera ni une solution miracle ni un échec programmé. Sa crédibilité dépendra d’une stratégie claire, d’un État responsable et d’une société mobilisée pour la souveraineté, la justice et la sécurité.
Jean Wesley Pierre / Le Relief


