Par Pierre Josué Agénor Cadet
« Un éducateur n’enseigne pas seulement des savoirs : il façonne des consciences et prépare l’avenir ».
Haïti, notamment les départements de l’Artibonite et de l’Ouest, vient de perdre l’un de ses plus illustres intellectuels et éducateurs. Le professeur Hugue André Chrysostome dit Chryso, brillant enseignant de physique, éducateur d’exception, fondateur et directeur du Collège Bertrand Russell, devenu par la suite Collège Hugue André Chrysostome, s’est éteint dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 janvier 2026, à sa résidence de l’avenue Lamartinière (Bois-Verna).
Hugue André fut pour moi bien plus qu’un Collègue: il fut un passeur, un éclaireur. C’est grâce à lui que j’ai pu intégrer le Collège Bertrand Russell comme professeur de littérature et de sciences sociales, aux côtés d’une pléiade de jeunes enseignants compétents et passionnés, parmi lesquels Exil Larieux, Nader Joiséus et son grand frère Wilfrid (maître Joa), Joseph Bouchereau, Frrtzner Faustin, Renan Hedouville, Antoine Augustin, Carl Henry Décastro, Léo Défay, André Suprême et sa femme Chantal, Esaü Pierre, Berline Excéus et les regrettés Corneille Pierre-Louis et Frérot Elisma, dont la mémoire demeure vive, pour ne citer que ces noms.
Natif de la Petite-Rivière de l’Artibonite, Hugue André Chrysostome fut un esprit brillant, formé en génie, en langues étrangères et en psychologie, tant en Haïti qu’à l’étranger. Ancien de l’École normale supérieure, de la Faculté d’ethnologie et de l’institution Leconte, il se distinguait par une rigueur intellectuelle rare, un sens aigu de l’exigence et une élégance critique qui forçaient le respect.
Éducateur chevronné et chef d’établissement scolaire, il a formé plusieurs générations d’élèves au Lycée Pétion et dans de nombreux collèges de la capitale, dont Bertrand Russell, HAC et La Renaissance. Son engagement intellectuel, sa rigueur pédagogique et son dévouement à la formation de la jeunesse ont marqué durablement le pays.
Il croyait ardemment en l’école comme fondement de la dignité humaine et de l’émancipation nationale. Homme droit, sincère et profondément attaché aux valeurs républicaines, Hugue André Chrysostome parlait sans détour, avec franchise et conviction. Patriote discret, amoureux du savoir et des belles choses de l’esprit, il s’inquiétait lucidement de l’érosion des valeurs dans le pays qu’il aimait profondément et qu’il n’a jamais voulu quitter malgré tous les mauvais vents.
Pour son entourage en deuil, sa disparition est aussi le douloureux rappel d’un combat perdu contre des dépendances devenues trop lourdes à supporter. Ces dernières années, malgré les mises en garde répétées de ses médecins et les conseils sincères de ses amis, il était tombé dans une dépendance excessive à l’alcool et aux cigarettes, qui a progressivement miné sa santé. Cette réalité, aussi pénible soit-elle à évoquer, s’impose aujourd’hui comme l’une des causes profondes de sa disparition prématurée.
Avec la disparition de ce nationaliste et patriote discret, amoureux des belles choses de l’esprit,Haïti perd l’une de ses racines solides, l’un de ces hommes qui tenaient encore debout la maisoncommune. Son œuvre éducative demeure vivante dans la mémoire de ses élèves et dans la conscience collective de la nation.
Va en paix mon vieil ami.
Ta famille, tes amis, tes collègues, tes anciens élèves et tous ceux et celles que tu savais aider, conseiller ou inspirer ne t’oublieront jamais. Ton œuvre, elle, continue à vivre dans les consciences que tu as éveillées.
Ton ami,
Pierre Josué Agénor Cadet


