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Cap-Haïtien, 12 janvier 2026; Se souvenir ne suffit plus!

À Mirlène Suffrain,
à Oliver Lafortune,
et tous (tes) les autres!

Le 12 janvier ne devrait jamais être une date abstraite. Il ne devrait pas être un rituel vidé de sens, une minute de silence répétée sans conséquence. Seize ans après la catastrophe qui a fracassé Port-au-Prince et marqué à jamais la conscience nationale, Haïti n’a toujours pas appris à écouter ce que la science, l’histoire et la réalité lui disent avec insistance.

En janvier 2017, sept ans après le séisme, nous étions venus au Cap-Haïtien. Non pas pour commémorer, mais pour alerter. Avec l’Institut de politique publique que je dirigeais, en partenariat avec Café Philo, nous avions engagé une démarche de sensibilisation claire : le Cap-Haïtien est une ville menacée. Pas symboliquement. Pas hypothétiquement. Géologiquement. Structurellement. Imminemment.

Le message était sans ambiguïté : le Cap-Haïtien n’est pas un « si » en attente, mais un tremblement de terre en suspens. Les parties prenantes étaient là, choisies avec rigueur : la Mairie du Cap-Haïtien, le Collège Notre-Dame, le CIAT, Radio Télévision Caraïbes, l’Autorité Portuaire Nationale, des responsables institutionnels, des éducateurs, des acteurs territoriaux. La parole scientifique était posée sur la table, bien documentée, responsable, sans sensationnalisme.

Neuf ans plus tard, qu’en avons-nous fait ?

Aujourd’hui, seize ans après le 12 janvier 2010, la parole scientifique n’est plus seulement ignorée : elle est marginalisée, parfois combattue. Dans un pays en délitement, la prévention est perçue comme un luxe, l’anticipation comme une perte de temps, la planification comme une menace politique. Le Cap-Haïtien suffoque. Il suffoque sous le poids de la désorganisation, de l’urbanisation anarchique, de l’insalubrité et de l’abandon.

On me dit que la ville est sale. Mais la saleté visible n’est que le symptôme. La vraie souillure est institutionnelle. Elle réside dans l’incapacité chronique de l’État à transformer le savoir en action, l’alerte en politique publique, la responsabilité en gouvernance.

Le 12 janvier a laissé des morts, des blessés, des estropiés. Il a aussi laissé une leçon cruelle : le désastre n’est jamais uniquement naturel. Il est toujours amplifié par l’impréparation, l’indifférence et la fragmentation de l’autorité publique. En ce sens, Haïti n’a pas tourné la page de 2010. Elle continue de vivre dans son ombre.

Avoir le pouvoir ne suffit pas. Gouverner, ce n’est ni occuper un siège, ni contrôler un territoire, ni multiplier les discours. Gouverner, c’est agir avant l’irréparable. C’est accepter que la science dérange, que la prévention coûte, que la responsabilité oblige. C’est comprendre que chaque jour d’inaction est une décision déguisée.

Ce texte n’est pas une lamentation. C’est un cri. Un rappel brutal que le temps ne guérit rien lorsqu’il est accompagné de déni.
Le Cap-Haïtien mérite mieux qu’une attente silencieuse du prochain désastre. Haïti mérite mieux que le pouvoir pour le pouvoir.

Se souvenir ne suffit plus. Agir est désormais une dette morale.

Yves Lafortune, Miami, le 12 Janvier 2026!

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