Par Jean Wesley Pierre
Cap-Haïtien, le dimanche 11 janvier 2026 —L’affaire Emmanuel Lundi s’impose désormais comme l’un des symboles les plus troublants des dérives de l’autorité judiciaire en Haïti. La décision du ministre de la Justice, selon les informations relayé par Radio Télé Scoop, Me Patrick Pélissier, d’ordonner la libération immédiate de la victime marque un tournant, mais ne suffit pas à apaiser l’indignation provoquée par des images d’une brutalité extrême, choquante, largement diffusées sur les réseaux sociaux.
Emmanuel Lundi, jeune entrepreneur, a été violemment battu et blessé par le commissaire du gouvernement et ses gardes du corps.
Me Éno Zéphirin, assisté de membres de sa sécurité rapprochée et d’agents de la Police nationale d’Haïti. La scène, filmée en plein jour, a suscité une vague de condamnations à travers le pays.
Selon des informations rapportées par Radio Télé Scoop, le commissaire du gouvernement pourrait être révoqué dans les prochaines heures ou dans les prochains jours et traduit en justice pour violation grave des droits humains. À ce stade, ces informations, bien que largement relayées, restent conditionnées à une confirmation officielle des autorités compétentes.
Des images qui contredisent la version officielle
Les vidéos devenues virales contredisent frontalement la version initiale avancée par Me Éno Zéphirin, selon laquelle il aurait été agressé. Les images montrent clairement Emmanuel Lundi demandant au commissaire de ne pas le toucher. Aucun geste de violence de la part de la victime n’est perceptible.
C’est précisément cette demande, pourtant légitime et conforme au droit à l’intégrité physique et à la liberté d’expression, qui semble avoir déclenché la colère du magistrat. La situation dégénère rapidement : bousculades, gifles, mise au sol et coups portés par plusieurs agents, sans qu’aucune situation de flagrant délit ni de légitime défense ne soit établie.
Une opération administrative qui vire à la répression
Les faits se sont déroulés le vendredi 9 janvier 2026, lors d’une opération de démolition d’entreprises jugées non conformes par les autorités départementales du Nord. Emmanuel Lundi protestait contre la destruction de son entreprise, affirmant disposer d’une autorisation délivrée par la mairie.
L’intervention du commissaire du gouvernement, censée encadrer légalement l’opération, s’est transformée en un acte de violence publique, mettant en cause non seulement un individu, mais toute une chaîne de responsabilité institutionnelle.
Une femme présente sur les lieux, qui dénonçait verbalement l’attitude des autorités, aurait également été menacée et intimidée, renforçant le sentiment d’un usage abusif de la force pour réduire toute contestation au silence.
Une condamnation ferme du monde juridique
Face à ces dérives, la réaction de Roberson Georges, jeune avocat au barreau de Port-au-Prince, a retenu l’attention. Dans une déclaration publique largement relayée, il a dénoncé une atteinte grave aux droits humains et à l’État de droit.
« Trop, c’est trop ! La justice ne se rend pas à coups de gifles et de bottes. »
Pour le juriste, également étudiant finissant en gouvernance locale et masterant en sciences politiques et relations internationales, cet acte constitue une violation manifeste des principes fondamentaux du droit, notamment le respect de la dignité humaine et l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Un test décisif pour les institutions
Si la libération d’Emmanuel Lundi représente un premier pas, la suite du dossier sera déterminante. La révocation annoncée par Radio Télé Scoop, si elle se confirme, devra impérativement être suivie de poursuites judiciaires effectives, indépendantes et transparentes. Sans cela, la sanction resterait purement administrative et renforcerait le sentiment d’impunité qui gangrène le système judiciaire haïtien.
Cette affaire pose également des questions fondamentales :
Qui contrôle l’usage de la force par les commissaires du gouvernement ?
Dans quel cadre légal opèrent leurs dispositifs de sécurité ?
Comment garantir que l’autorité judiciaire protège les citoyens au lieu de les brutaliser ?
Au-delà d’un homme, un système en cause
L’affaire Emmanuel Lundi dépasse largement le cadre d’un dérapage individuel. Elle révèle un malaise structurel : la confusion persistante entre autorité publique et pouvoir personnel, où la fonction judiciaire est parfois perçue comme un instrument de coercition plutôt que comme un pilier de la justice.
Dans un pays marqué par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et la défiance citoyenne, ce type de comportement contribue à délégitimer davantage l’État et à fragiliser l’idée même de justice.
L’opinion publique, les organisations de défense des droits humains et le monde juridique attendent désormais des actes forts. Car au-delà des discours, c’est la crédibilité de l’État de droit haïtien qui se joue dans ce dossier.
Jean Wesley Pierre/ Le Relief


