Par Jean Venel Casséus
Depuis 1945, la trajectoire de la puissance américaine obéit à une grammaire simple et répétitive, rarement formulée explicitement mais constamment vérifiable dans les faits. Derrière les proclamations morales et les récits officiels, trois matrices structurent l’interventionnisme des États-Unis : l’Or comme fondement financier, le Pétrole comme nerf géopolitique, la Drogue comme justification sécuritaire et instrument de captation financière indirecte. In God We Trust agit moins comme une devise nationale, voire spirituelle, que comme une liturgie séculière destinée à sanctifier une architecture de puissance impérialiste, tantôt soft, tantôt brutale.
L’Or (Gold) constitue le socle originel. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Washington impose un ordre monétaire international centré sur le dollar, adossé à l’or, garantissant à l’économie américaine un privilège exorbitant, financer son expansion militaire et industrielle par la création monétaire tout en exigeant des autres nations une discipline budgétaire stricte. Toute tentative de reprise de contrôle souverain sur les ressources stratégiques ou les circuits financiers est dès lors perçue comme une menace systémique. L’éviction de dirigeants nationalistes au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine s’inscrit dans cette logique. La souveraineté économique demeure tolérable tant qu’elle ne conteste pas la hiérarchie monétaire mondiale.
Le Pétrole (Oil) prolonge et durcit cette dynamique. Ressource vitale de l’économie industrielle et carburant des armées modernes, il transforme certaines régions du monde en espaces de projection permanente. Le Moyen-Orient, puis l’Afrique du Nord et l’Amérique latine, s’affirment comme des zones où la stabilité politique se trouve subordonnée à l’accessibilité énergétique. Les guerres ouvertes ou indirectes ne visent pas uniquement l’occupation territoriale, mais la maîtrise des flux, pipelines, détroits, routes maritimes, régimes contractuels. L’Irak, l’Iran, la Libye, et plus récemment le Venezuela, donnent à voir cette constante. Dans chacun de ces cas, la rhétorique démocratique accompagne une recomposition forcée des appareils d’État afin de rendre l’exploitation des hydrocarbures compatible avec les intérêts américains et ceux de leurs alliés industriels et financiers.
La Drogue (Drug) constitue le troisième pilier, plus récent, plus opaque, mais tout aussi structurant. À partir des années 1970, la « guerre contre la drogue » se généralise comme cadre idéologique, permettant d’étendre la présence militaire, policière et judiciaire américaine bien au-delà de ses frontières. Officiellement, il s’agit de combattre des réseaux criminels. En pratique, ce paradigme autorise l’ingérence permanente dans des États affaiblis, la militarisation de régions entières et la captation de flux financiers considérables. Les saisies d’avoirs, les amendes extraterritoriales, les confiscations liées au narcotrafic alimentent directement ou indirectement le financement des appareils sécuritaires américains. La drogue acquiert ainsi le statut d’ennemi rentable, elle justifie le budget, légitime la force et produit des ressources financières recyclées dans les infrastructures civiles et militaires.
Ce triptyque (GOD) éclaire la continuité entre guerres classiques, coups d’État, sanctions économiques et opérations judiciaires internationales. Or, pétrole et drogue n’appartiennent pas à des registres séparés, mais à une même économie de la puissance. Le pétrole finance la guerre, la guerre sécurise le pétrole, la drogue justifie l’intervention, l’intervention permet la saisie et la circulation contrôlée des capitaux illicites. Dans cet enchaînement, la morale joue un rôle fonctionnel, elle transforme l’intérêt en mission et la prédation en responsabilité globale.
De 1945 à 2026, cette mécanique n’a pas disparu. Elle s’est raffinée. Les invasions directes cèdent parfois la place aux sanctions, aux tribunaux, aux dispositifs financiers et aux opérations hybrides. Mais la logique demeure inchangée, garantir à la puissance américaine un accès privilégié aux ressources matérielles et symboliques qui soutiennent son hégémonie.
𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑡𝑒, 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑’𝑢𝑛 𝑚𝑎𝑠𝑡𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑓𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑒𝑡 𝑠𝑒́𝑐𝑢𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠. 𝐼𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑛𝑜𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑎𝑢𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛 𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑔𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́ 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑔𝑒́𝑜𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑐𝑟𝑒́, 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑒́ « 𝐴𝑢 𝑛𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝐷𝑖𝑒𝑢 »
[1/11, 4:47 PM] Alexis digi: Toc toc


