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Haïti vidée de ses enfants: existe-t-il un plan de dépeuplement et de substitution humaine ?

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Haïti, ce joyau de l’océan Atlantique qui scintillait autrefois sous les feux du soleil tropical, Perle des Antilles à la fin du siècle des Lumières, semble aujourd’hui en train de payer au prix fort les exploits historiques de son histoire glorieuse, les séquelles de ses divisions internes et surtout les ravages d’une gouvernance défaillante fondée sur la corruption et la dépendance étrangère. A juste titre, on pourrait lui appliquer les célèbres vers de Mignon : » Connais-tu le pays où fleurissent les cotonniers » Le pays des fruits d’or et des roses vermeilles » Où rayonne et sourit comme un bienfait de Dieu, un éternel printemps sous un ciel toujours bleu »? Sauf qu’ici, les fleurs se fanent et la terre graduellement se vide de ses enfants.

Le drame haïtien s’inscrit dans une longue chaîne de tragédies politiques et historiques: du crapuleux assassinat de l’empereur Jacques 1er, fondateur de la Patrie, à celui du 58e chef d’Etat, Jovenel Moïse; de la rançon infâme de 1825 à l’occupation étasunienne de 1915; du massacre de 1937 à la dictature des Duvalier; de l’exode massif des cerveaux à la destruction méthodique et planifiée de l’économie nationale; de la vassalisation des élites à la domestication des dirigeants, jusqu’à l’émigration forcée d’une jeunesse livrée au désespoir.

Face à cet enchaînement des faits historiques, une question fondamentale s’impose: Haïti est elle victime d’un plan de mise sous tutelle exceptionnelle, voire d’un projet de dépeuplement progressif, avec la complicité de ses propres élites patricides ? Tout semble indiquer l’existence d’une stratégie multiforme, déjà en cours d’ exécution, qui touche simultanément les sphères sécuritaire, politique, économique, sociale et migratoire.

Sur le plan sécuritaire

L’Occident pousse Haiti qui prête le flanc à la critique, de manière aveugle et irresponsable, à démanteler ses forces armées sans lui offrir une alternative institutionnelle viable. Il a ensuite contribué à la mise en place d’une police nationale formée sous sa supervision, mais laissée structurellement faible, sous-équipée et incapable, malgré les efforts de la plupart de ses agents, d’assurer seule l’ordre public. Cette police se trouve en outre confrontée à un système judiciaire partiellement gangrené par la perversion , rendant impossible toute politique durable de sécurité nationale.

Sur le plan politique

Haïti est devenue plus que jamais un État fantoche, privé de toute souveraineté réelle. Sa classe politique, profondément inféodée, gravite autour des chancelleries étrangères qui se proclament « amies d’Haïti ». Ces puissances sont représentées par de véritables proconsuls modernes, qui participent ouvertement et arrogamment à la fabrication comme à la défection de nos dirigeants, imposant des agendas contraires aux intérêts nationaux et favorisant l’application de programmes d’assistanat foncièrement antinationaux.

Sur le plan économique

Depuis la fin des années 1970 et le début des années 80, l’économie haïtienne a été frappée de plein fouet par une succession de décisions destructrices : l’éradication brutale du cheptel porcin dans le cadre de la peste porcine africaine, suivie de la politique d’ajustement structurel imposée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces mesures ont démantelé les bases de la production nationale, accentué la dépendance extérieure et prolongé le pays dans une économie de survie sous perfusion permanente de l’aide internationale.

Sur le plan social

Ravagé par le chômage massif, la misère chronique et une spirale d’insécurité endémique, le pays vit désormais à la merci de programmes internationaux réduits à la distribution d’aliments et de kits hygiéniques, à des campagnes ponctuelles de vaccination et à une médecine curative minimale. Ces interventions, si elles soulagent temporairement la souffrance, ne s’attaquent jamais aux causes structurelles du mal et contribuent à entretenir une population assistée, privée de dignité et de perspectives.

Sur le plan migratoire

La question migratoire révèle peut-être l’aspect le plus troublant de cette situation. Le déplacement des Haïtiens est désormais rigoureusement contrôlé et limité, notamment après les restrictions liées au programme Biden et la fermeture prolongée de services de visas dans certains consulats, dont celui des États-Unis d’Amérique. A cela s’ajoute l’inaction de l’aéroport international Toussaint Louverture de Port- au- Prince, véritable verrou à la mobilité.

Pendant que des milliers de compatriotes ont déjà, avant toutes ces difficultés, fui l’insécurité et la misère, de nombreux étrangers, notamment en provenance d’Asie (Chine, Inde), entrent silencieusement sur le territoire, s’y installent et se font en grande partie naturaliser dans des conditions opaques, à des fins inavouées et potentiellement inavouables. Cette dynamique pose une interrogation dérangeante : assiste-t-on à une politique tacite de remplacement démographique ?

Ce plan, s’il existe, viserait à transformer progressivement Haiti , par la substitution d’un groupement humain plus docile, plus organisé, à ce qui est aujourd’hui perçu comme une » monstruosité ingérable ». Pourtant, le salut d’Haïti réside dans une prise de conscience collective. Un pays, comme le nôtre, ayant contribué de manière aussi décisive à l’histoire de la civilisation moderne, à la liberté des peuples et à l’émancipation humaine ne doit être condamné à disparaître. Haïti ne doit ni périr, ni être remplacée. Elle doit renaître par la lucidité,le courage et l’engagement citoyen de ses dignes filles et fils.

Pierre Josué Agénor Cadet

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