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Force de répression des gangs en Haïti : une démonstration significative de l’international

Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, le vendredi 19 décembre 2025 —
L’annonce par les États-Unis de la réception d’engagements portant sur 7 500 agents de sécurité destinés à la composition de la Force de Répression des Gangs (FRG) en Haïti, bien au-delà de l’objectif initial de 5 500 hommes fixé par le Conseil de sécurité de l’ONU fin septembre, constitue un tournant majeur. Elle révèle à la fois une mobilisation internationale exceptionnelle et un constat accablant : l’État haïtien n’est plus en mesure d’assurer seul la sécurité de sa population.

Cette force, appelée à être pleinement opérationnelle d’ici le 31 mars 2026, selon Carlos Ruiz Massieu, chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et représentant du secrétaire général de l’ONU, est présentée comme l’outil central de la lutte contre les gangs armés qui contrôlent de vastes portions du territoire national.

« Cette force devra être opérationnelle d’ici le 31 mars 2026, avant son déploiement complet, y compris la mise en place d’un bureau d’appui de l’ONU »,
a déclaré Carlos Ruiz Massieu.

Une mobilisation internationale sans précédent

Lors de la réunion du 9 décembre à l’ONU, dix-huit États et organisations ont pris l’engagement de fournir troupes, ressources financières et appui technique à la FRG. Le Canada a annoncé 40 millions de dollars supplémentaires, les États-Unis ont réaffirmé leur soutien, tandis qu’Haïti, pour la première fois, s’est engagé à contribuer à hauteur de 50 millions de dollars.

Selon le Miami Herald, Haïti a reçu de nombreuses offres de troupes pour renforcer la Force de répression des gangs. Le Tchad a proposé 1 500 soldats, tandis que la Sierra Leone, le Burkina Faso, la Gambie et le Burundi ont également promis des renforts. Le Kenya, chef de file de la mission, maintient environ 700 policiers déjà déployés sur le terrain.

Les États-Unis ont par ailleurs remis 20 véhicules blindés à la FRG dès octobre 2025.

Dans une déclaration conjointe publiée le 12 décembre 2025, Washington et Ottawa ont salué
« la détermination collective des pays et organisations partenaires à aider le peuple haïtien à faire face à la crise sécuritaire qui ravage le pays », tout en promettant de veiller à ce que « la formation, les outils et les mécanismes de conformité requis soient en place ».

Des partenaires lucides sur les limites de la force

Malgré cet engagement massif, certains partenaires affichent une lucidité rare. Dans un entretien accordé au Nouvelliste, l’ambassadeur de France en Haïti, Antoine Michon, a rappelé une évidence souvent occultée :

« La force internationale ne sera pas là pour toujours. Il est donc important qu’en parallèle de son déploiement, il y ait cette montée en puissance des forces de sécurité haïtiennes. Il faut également renforcer les contrôles des trafics qui alimentent les gangs. »

Cette déclaration met en lumière le cœur du problème : sans refondation profonde de l’appareil sécuritaire haïtien et sans lutte réelle contre les réseaux de trafic, la Force de répression des gangs ne pourra être qu’un dispositif temporaire de contention.

La sécurité, exigence vitale du Conseil présidentiel de transition

À Washington, le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, a multiplié les appels à l’action. Dans un communiqué officiel, il a insisté sur le fait que :

« le rétablissement de la sécurité demeure l’exigence la plus vitale du pays », et a exhorté les partenaires à transformer leurs engagements en « actions tangibles »,
affirmant que « le déploiement effectif de la FRG constitue un impératif pour garantir le plein succès du processus électoral ».

Il a également rappelé que :

« Haïti ne peut relever seule un défi d’une telle ampleur ».

Ce discours se heurte toutefois à une contradiction majeure : comment organiser des élections libres, crédibles et inclusives dans un pays où l’État n’exerce plus son autorité sur une part significative du territoire ?

Une opportunité historique ou un énième palliatif

La mobilisation internationale autour de la FRG est historique. Mais elle comporte un risque majeur : servir d’alibi à l’absence de réformes structurelles. Sans assainissement de la classe politique, sans réforme crédible de la justice, sans contrôle effectif des frontières et des flux financiers criminels, la FRG risque de rejoindre la longue liste des missions internationales déployées en Haïti sans transformation durable.

La communauté internationale semble prête à agir. Les déclarations sont claires, les moyens annoncés considérables. La question décisive demeure : l’État haïtien est-il prêt à rompre avec les pratiques qui ont rendu cette intervention étrangère indispensable ?

C’est à cette question, plus politique que militaire, que se jouera l’avenir réel de la sécurité en Haïti.

Jean Wesley Pierre/ Le Relief

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