Par Gesly Sinvilier
Dans un communiqué publié le 15 décembre 2025, l’International Crisis Group (ICG) dresse un constat alarmant de la situation sécuritaire en Haïti, tout en proposant des pistes concrètes pour démanteler les puissantes coalitions criminelles qui contrôlent une large partie du territoire, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Depuis la fin de l’année 2023 et plus encore au début de 2024, les gangs armés, regroupés au sein de coalitions structurées, ont intensifié leurs attaques contre les institutions étatiques, les infrastructures stratégiques et les populations civiles. Cette dynamique a contribué à l’effondrement progressif de l’autorité de l’État, culminant avec la démission du Premier ministre Ariel Henry. Selon l’ICG, ces groupes criminels ont profité du vide politique et institutionnel pour étendre leur emprise, provoquer l’isolement du pays et installer un climat de terreur marqué par des massacres, des enlèvements et des déplacements massifs de populations.
Le rapport souligne que, depuis 2022, les violences liées aux gangs ont coûté la vie à plus de 16 000 personnes. Au-delà des pertes humaines, les gangs ont diversifié leurs activités criminelles, allant du trafic d’armes et de drogues à l’extorsion systématique des entreprises et des citoyens, aggravant une crise humanitaire déjà profonde. L’ICG note également l’existence de liens persistants entre certains groupes armés et des élites politiques et économiques, un héritage de pratiques anciennes où des acteurs armés étaient instrumentalisés pour servir des intérêts de pouvoir.
Face à cette situation, l’International Crisis Group estime que les réponses purement sécuritaires sont insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’une stratégie politique claire et cohérente.
Le déploiement de la Mission multinationale de soutien à la sécurité, dirigée par le Kenya et autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, constitue une étape importante. Toutefois, malgré la mobilisation de plus de 5 500 policiers et militaires, la mission souffre encore de moyens limités, de retards opérationnels et d’un environnement extrêmement hostile.
Le communiqué insiste sur la nécessité pour les autorités haïtiennes de reprendre l’initiative politique. Cela passe par un renforcement de la coordination entre les forces nationales et internationales, une réforme profonde de la gouvernance sécuritaire et la mise en place d’un Conseil national de sécurité capable d’élaborer une stratégie globale contre les gangs. L’ICG recommande également d’investir dans la justice, notamment par le développement de mécanismes permettant d’inciter les membres de gangs à déposer les armes, tout en garantissant que les principaux chefs criminels répondent de leurs actes devant la loi.
Par ailleurs, le rapport met en garde contre toute négociation improvisée avec les gangs, qui risquerait de légitimer leur pouvoir et de fragiliser davantage l’État. Si des canaux de dialogue peuvent être envisagés à des fins humanitaires ou de démobilisation, ceux-ci doivent s’inscrire dans un cadre strict, transparent et encadré par les autorités légitimes.
Enfin, l’International Crisis Group rappelle que la crise haïtienne ne pourra être résolue durablement sans s’attaquer aux causes structurelles de la violence : la pauvreté extrême, l’exclusion sociale, le chômage des jeunes et l’absence de services publics. Le démantèlement des coalitions criminelles doit ainsi aller de pair avec un effort soutenu de reconstruction institutionnelle, de relance économique et de restauration de la confiance entre l’État et la population.
À défaut d’une action rapide, coordonnée et résolue, prévient l’ICG, Haïti risque de s’enfoncer davantage dans une spirale de violence et d’instabilité, aux conséquences dramatiques pour la population et pour l’ensemble de la région caribéenne.


