PORT-AU-PRINCE.— À l’occasion du 77ᵉ anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’Observatoire haïtien pour le droit et la liberté de la presse (OHDLP) a livré un discours fort, empreint d’urgence morale et d’appel à l’unité nationale. Devant des représentants de l’OPC, du CSPJ, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains et de multiples organisations de la société civile, l’officier de communication de l’institution, Jean Junior Joseph, a exposé une situation nationale alarmante tout en dessinant les contours d’une réponse collective structurée.
Un constat sévère sur la situation des droits humains
Dès l’ouverture de son intervention, Joseph a dressé un tableau sombre de l’état des libertés fondamentales en Haïti. Le pays, a rappelé JJJ, traverse «une grave crise de violations des droits humains, marquée par une violence généralisée, la corruption et d’importants problèmes».
Le constat est sans appel:
• réduction drastique de l’espace civique,
• violations graves commises dans une indifférence quasi totale,
• souffrances humaines banalisées,
• insécurité persistante,
• agressions contre des journalistes,
• violences basées sur le genre,
• effondrement de la confiance dans les institutions publiques.
Pour l’OHDLP, ces dérives témoignent d’un «mépris flagrant des droits» et d’une crise morale profonde, à l’heure même où le monde commémore la Déclaration universelle des droits de l’homme.
L’OHDLP, un quart de siècle de lutte et d’engagement
Le discours met également en avant la trajectoire de l’Observatoire, qui vi3nt de célébrer 25 ans d’activités, le 8 octobre dernier. «L’OHDLP est devenu plus qu’un témoin, un des acteurs cruciaux dans la dynamique des droits de l’homme en Haïti», affirme le porte-parole.
En insistant sur son appartenance à l’Initiative pour les Droits Humains (IDHU), un réseau national regroupant des organisations engagées, l’OHDLP se positionne comme une force structurante dans la défense des libertés publiques.
Le discours souligne: l’existence de coordinations départementales et communales, une présence active dans l’Artibonite, le Sud-Est, l’Ouest, la Grand’Anse, le Centre et le Nord, des actions régulières sur le terrain, en formation civique, en plaidoyer, et en accompagnement de victimes.
Un appel puissant à l’unité nationale
Le discours prend une dimension plus politique lorsqu’il évoque la nécessité de surmonter les divisions pour affronter collectivement la crise des droits humains. «Se ansanm n ap rive konbat epi mete fen nan pratik enjistis sosyal nan peyi a. Nou kapab e n ap pote viktwa…», a lancé Joseph
À travers cette référence, l’OHDLP exhorte toutes les forces vives du pays, organisations, institutions, citoyens, à un sursaut collectif. «77 ans après, le chemin qui nous reste à parcourir est encore long et épineux», a-t-il averti.
Dans une formule symbolique, l’organisation appelle à refaire l’image d’Haïti aux yeux du monde entier, insistant sur le rôle déterminant de la société civile dans cette reconstruction.
Une dimension internationale assumée
Le discours rappelle aussi que l’action de l’OHDLP dépasse les frontières nationales: présences en République démocratique du Congo, au Mali, et collaborations continues avec des institutions internationales, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains.
L’organisation remercie d’ailleurs explicitement le HCDH pour son soutien dans l’organisation de cet événement, soulignant la nécessité de partenariats internationaux pour renforcer les mécanismes haïtiens de protection des droits.
Un discours qui résonne comme un avertissement et un engagement
Ce discours s’inscrit dans un moment où Haïti fait face à une crise multidimensionnelle sans précédent. L’OHDLP adopte un ton à la fois: alarmiste, en rappelant l’ampleur de la dégradation des droits humains; mobilisateur, en appelant à une reconstruction collective; et stratégique, en valorisant la structuration d’un réseau national et international.
L’OHDLP cherche à repositionner la société civile comme acteur clé dans l’équation politique haïtienne, à un moment où les institutions étatiques peinent à remplir leurs mandats.
Enfin, l’accent mis sur la dignité et la liberté et la justice pour tous révèle une volonté de restaurer non seulement l’État de droit, mais aussi la perception internationale d’un pays en proie au chaos.
À travers ce discours, l’OHDLP réaffirme sa place dans le paysage des droits humains en Haïti. Son message est clair: la protection des droits fondamentaux n’est pas un choix, mais un devoir historique, qui engage une génération entière.
«La protection des droits de l’homme est un devoir auquel cette génération ne peut pas manquer si elle veut léguer un héritage noble à la postérité», conclut Jean Junior Joseph, dans ce qui sonne comme un engagement solennel envers l’avenir du pays.
Jean Mapou


