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L’impunité en Haïti: Jean Édouard Baussan, un gros bonnet sous les feux des projecteurs

Par Jean Wesley Pierre

Six ans après un rapport accusateur, des figures puissantes défient toujours la justice tandis que les fusils inondent le pays. Pourtant, la DCPJ avait fait son travail.

PORT-AU-PRINCE, Haïti – 1er décembre 2025 – L’image est cauchemardesque et pourtant banale : dans les rues de Port-au-Prince, dans les zones de provinces, des adolescents armés de fusils d’assaut fabriqués aux États-Unis paradent sur les réseaux sociaux. , dans les rues de Port-au-Prince.

Ces armes, elles sont souvent transitées par des ports, des douanes, des circuits financiers et des réseaux d’influence qui semblent fonctionner en toute impunité, malgré les alertes répétées.

Au cœur de ce système obscur, un nom revient avec insistance depuis des années, révélant les liens profonds entre pouvoir économique, trafic d’armes et effondrement de l’État.

2019, Le rapport qui accuse

L’histoire remonte à un document explosif, aujourd’hui presque oublié dans le tumulte de la crise. En 2019, un rapport de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), signé du commissaire Rodrigue Pierre, pointait déjà du doigt l’un des géants de l’élite économique en Haïti, l’homme d’affaires Jean Édouard Baussan. Le document l’accusait d’être au centre d’un réseau de trafic d’armes alimentant les gangs, en complicité avec Dumond Franck Aby Larco.

En effet, ce dernier fut arrêté en décembre 2019 et condamné à quatre ans de prison. Contre Baussan, la ( DCPJ ) direction centrale de la police judiciaire avait requis un mandat d’amener. Mais l’affaire s’est alors heurtée aux plus hauts niveaux du pouvoir de l’époque. Une audition en juin 2023 n’a, jusqu’à présent, donné aucune suite.

Quand le système perdure malgré les preuves accablantes

Aujourd’hui, malgré ce passé judiciaire douteux, Jean Édouard Baussan exerce toujours une influence majeure sur des ports publics, ces artères vitales par où transitent, selon les experts de l’ONU et des ONG, des centaines de conteneurs dont seule une infime partie est inspectée. Il contrôle également UNIBANK.

Plus récemment, en septembre 2025, son nom a été associé à la nomination du directeur général des Douanes, Gérald Remplais. Cette révélation met en lumière un mécanisme pernicieux : l’infiltration des institutions mêmes censées contrôler les frontières et faire respecter l’embargo sur les armes décrété par l’ONU en 2022.

Haïti et l’embargo fantôme sur les armes

C’est bien là le paradoxe tragique. Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU renouvelle son embargo, des rapports détaillés comme celui de la BBC en avril 2025 ou celui d’Amnesty International dès 2006 tracent un itinéraire implacable : les armes partent majoritairement des États-Unis, notamment de Floride, « l’État du lustrage d’armes ». Elles sont achetées par des « prête-noms », dissimulées dans des cargaisons de biens de première nécessité, et expédiées vers Haïti.

Le trafic repose sur une chaîne de défaillances : laxisme des lois sur les armes aux États-Unis, contrôles portuaires quasi inexistants, et corruption endémique au sein des douanes haïtiennes. Comme le résumait un expert à la BBC : « Nous avons le diagnostic, nous connaissons les symptômes, mais nous ne faisons rien pour réellement guérir. »

Haïti, la nation sous le feu des gangs

Les conséquences sont chiffrées en vies humaines. L’ONU estime qu’entre 270 000 et 500 000 armes illégales circulent dans un pays qui n’en fabrique aucune. En 2024, plus de 5 600 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs. Des quartiers entiers sont sous leur coupe, les enlèvements et les violences sexuelles dont personnes n’est épargné qu’il soit femme ou homme, sont systématiques. Des fusils de précision et des armes lourdes, comme le Barrett.50, une arme anti-matériel, apparaissent maintenant dans les saisies, illustrant une escalade meurtrière.

L’impératif de justice vis-à-vis des hommes influents

Face à ce fléau, la justice internationale montre parfois ses muscles. En février 2024, Jocelyn Dor a été condamné aux États-Unis à cinq ans de prison pour avoir exporté des armes au gang 400 Mawozo. Le « roi » du gang, Joly Germine, risque la perpétuité. Ces condamnations sont nécessaires, mais elles ciblent souvent les exécutants, les « acheteurs de paille ».

Le véritable défi réside en Haïti même, celui de briser l’impunité des commanditaires, de ceux qui, protégés par leur fortune et leurs relations, utilisent les infrastructures de l’État pour faire entrer les armes et blanchir l’argent des rançons. Le dossier Baussan, il y a six ans, est devenu le symbole de cette justice entravée.

Une grande et noble bataille pour la survie de l’État

La lutte contre le trafic d’armes n’est pas qu’une affaire de police. C’est une bataille pour la survie de l’État de droit. Elle nécessite de s’attaquer aux trois piliers du trafic :

  1. l’approvisionnement (avec une pression accrue sur les États-Unis),
  2. la corruption aux frontières (avec un nettoyage des douanes et des ports)
  3. et le blanchiment d’argent (avec un contrôle strict du secteur bancaire).

Tant que des figures influentes pourront présumément user de leur pouvoir pour bloquer les enquêtes et contrôler des postes clés, les embargos resteront des vœux pieux. Et les armes continueront d’arriver, une caisse après l’autre, alimentant un cycle de violence qui consume la nation. Le temps n’est plus aux rapports qui dorment dans les tiroirs, mais à l’action judiciaire courageuse et impartiale. La crédibilité future d’Haïti en dépend.

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