Par Gesly Sinvilier
La tension est montée d’un cran la semaine dernière au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). En coulisses, certains de ses membres ont tenté de renverser le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, plongeant la transition dans une zone d’incertitude politique. Ces manœuvres ont eu des répercussions immédiates sur la scène internationale : le conseiller-président Fritz Alphonse Jean a été sanctionné par les autorités américaines, un geste qui a ajouté une pression considérable sur un Conseil déjà fragilisé.
Face à cette situation explosive, le conseiller-président Laurent Saint-Cyr, actuel coordonnateur du CPT, a choisi une posture de retenue et de hauteur. Dans une lettre adressée à ses collègues, il a lancé un appel solennel à la cohésion, à la prudence et au sens du devoir national. Et son message tient autant du rappel à l’ordre que de la mise en garde.
Prioriser L’intérêt supérieur de la Nation
Dans ce courrier, Saint-Cyr rappelle d’abord un principe fondamental :
« L’intérêt supérieur de la Nation commande que nous dépassions nos divergences et que nos ambitions restent au service du collectif, afin d’avancer ensemble vers les résultats que notre peuple attend. »
Pour lui, l’urgence n’est pas au bouleversement mais à la continuité. Si certains ajustements peuvent être envisagés « dans un souci d’efficacité », il juge inopportun – et dangereux – un « bouleversement majeur de l’équilibre institutionnel » à quelques mois de la fin du mandat du CPT, prévue pour le 7 février 2026. En d’autres termes : provoquer une crise interne maintenant serait irresponsable, voire dangereux.
Préserver la stabilité d’un État déjà ébranlé
Laurent Saint-Cyr insiste sur la nécessité de protéger ce qui demeure de stabilité institutionnelle dans un pays éprouvé par la crise politique, la violence généralisée et la méfiance citoyenne.
« Il m’incombe de veiller à la stabilité et à la continuité de l’État et d’éviter tout choix qui pourrait porter préjudice à notre pays… »
Son positionnement se veut clair : stabilité et rigueur dans la conduite de l’action publique.
À ses yeux, toute initiative qui détourne le CPT de sa responsabilité première qui est de conduire la transition jusqu’à la tenue d’élections crédibles, met en péril l’avenir collectif du conseil. Une déclaration qui sonne comme une revendication d’autorité, mais également comme une mise à distance des ambitions internes qui pourraient faire dérailler la transition.
Un appel à une transition pacifique et ordonnée
Le coordonnateur du CPT plaide pour une transition « pacifique, paisible et ordonnée », loin des querelles internes et des stratégies de pouvoir qui parasitent l’action gouvernementale.
« Haïti mérite un leadership responsable, lucide et courageux, entièrement dévoué à l’intérêt général… »
Dans un contexte de pressions internes et externes, il rappelle que l’ultime objectif du Conseil demeure inchangé : remettre le pays sur la voie constitutionnelle. En se démarquant clairement des tentatives de chamboulement, Laurent Saint-Cyr se place dans une position singulière : celle du responsable qui tente de maintenir le cap malgré les turbulences internes et la pression internationale.
À la veille du 7 février 2026, un moment décisif
À un peu plus de deux mois du terme officiel du mandat du CPT, ce rappel à l’ordre de Saint-Cyr prend des allures d’avertissement. L’heure n’est plus aux luttes d’influence mais à la consolidation d’un parcours institutionnel déjà chaotique. Son message, empreint de gravité, invite ses pairs à refuser toute démarche susceptible d’« éloigner des véritables urgences nationales ».
Dans un contexte où chaque faux pas peut aggraver la crise, l’appel de Laurent Saint-Cyr sonne comme une exhortation ultime : rester concentrés sur la mission première de la transition et éviter de nouvelles secousses institutionnelles qui pourraient mettre Haïti en péril.


