Par Jean Wesley Pierre
La scène semblait inimaginable il y a encore quelques semaines : après des mois d’attaques verbales, Donald Trump et Zohran Mamdani se sont retrouvés jeudi 20 novembre 2025 à la Maison-Blanche dans une atmosphère étonnamment détendue. Le président américain et le maire élu de New York, pourtant situés aux antipodes idéologiques, ont affiché une volonté commune de coopération sur deux enjeux cruciaux pour la première ville du pays : la criminalité et l’accès au logement.
Mais derrière cette trêve spectaculaire, les divergences demeurent, y compris dans les mots du jeune élu démocrate, qui continue de qualifier le président Trump de « fasciste ».
Une rencontre cordiale, porteuse de promesses locales et d’intérêts réciproques
Face aux caméras, Donald Trump a multiplié les signes d’ouverture. Saluant la « détermination » du maire élu, il a même affirmé que le succès de Mamdani serait « aussi le [ sien ] ». Une formule inattendue de la part d’un président qui, durant la campagne municipale, avait menacé d’envoyer la Garde nationale à New York et de couper les fonds fédéraux si le « communiste » Mamdani l’emportait.
De son côté, le futur maire a souligné avoir apprécié la « capacité du président à mettre de côté les divergences » pour travailler sur des dossiers essentiels : logement, garde d’enfants, accès à la nourriture, services publics. Une manière de replacer leur rencontre dans une logique pragmatique plutôt qu’idéologique.
Pour la ville de New York, les enjeux sont considérables. Mamdani recherche activement des ressources fédérales dans un contexte de flambée des prix immobiliers et de tensions sécuritaires localisées. L’ouverture de Trump constitue donc, pour de nombreux observateurs, un potentiel tournant.
Un rapprochement qui intrigue et divise New York
L’image d’un Trump conciliant a suscité la surprise dans la ville. Des habitants évoquent une scène « étrange », « bizarre », presque « surréaliste » après des semaines d’invectives mutuelles. Les plus prudents rappellent l’instabilité du président : « il peut changer d’avis demain ». D’autres se réjouissent de voir New York peut-être mieux soutenue par Washington : « le gouvernement fédéral contrôle des milliards de dollars, et nous en avons besoin », insiste un habitant octogénaire.
Au sein de la classe politique locale, les réactions sont nuancées. Certains, comme Jumaane Williams, saluent un ton « vraiment surprenant » mais bénéfique pour la ville.
D’autres pointent un rapprochement « un peu trop complice », selon la républicaine Nicole Malliotakis. Les milieux d’affaires y voient quant à eux un « début prometteur » pour la relation entre le maire élu et les dirigeants économiques de la ville.
Un rapprochement interprété comme un calcul politique pour Trump
Si la main tendue du président est accueillie avec soulagement, plusieurs analyses s’interrogent sur ses motivations. Dans un contexte de « mauvaise passe », disent certains, marqué par le tumulte de l’affaire Epstein et des sondages défavorables à moins d’un an des élections de mi-mandat, la cordialité affichée pourrait relever de l’opportunisme politique.
L’ancien maire Bill de Blasio juge que Trump « s’accroche à tout ce qu’il peut » en espérant bénéficier de la victoire éclatante de Mamdani. Un professeur de sciences politiques souligne que le président s’identifie peut-être au « statut d’outsider » du jeune maire élu, malgré leur opposition frontale en matière d’idées.
Mamdani maintient ses critiques : une trêve au sommet, pas un renoncement idéologique
Malgré la détente visible à la Maison-Blanche, Zohran Mamdani n’a pas adouci ses positions. Interrogé sur NBC News pour savoir s’il considérait toujours Trump comme un « fasciste », il a répondu sans hésiter : « Je l’ai dit dans le passé, je le dis aujourd’hui. »
La scène elle-même, dans le Bureau ovale, avait déjà bousculé les codes : Trump, avec sarcasme, l’avait invité à répondre « oui » à cette question délicate. L’échange a souligné autant la tension que la dimension stratégique de cette rencontre.
Le maire élu insiste néanmoins sur la « productivité » de la discussion, centrée sur les préoccupations concrètes de New-Yorkais confrontés à la hausse du coût de la vie. Son message : concilier franchise idéologique et coopération institutionnelle.
Une trêve fragile dans un paysage politique polarisé
Ce rapprochement, aussi spectaculaire qu’improbable, ne semble tenir pour l’instant qu’à la volonté affichée par les deux dirigeants de travailler sur des enjeux communs. La polarisation du champ politique, les antécédents d’hostilité et la persistance de déclarations contradictoires laissent planer l’incertitude.
L’échange cordial offre toutefois une perspective nouvelle : celle d’un président républicain et d’un maire issu de l’aile gauche démocrate prêts, au moins momentanément, à dépasser les lignes idéologiques pour répondre aux besoins de millions d’habitants.
La question demeure : cet épisode marque-t-il le début d’une réelle coopération ou ne constitue-t-il qu’une parenthèse dans un climat politique profondément instable ? Pour l’heure, les deux camps avancent prudemment, conscients que les intérêts politiques, tout autant que les urgences sociales, pèseront sur la suite de cette relation inédite.


