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Guerre en Ukraine: Un plan de paix qui ressemble à une capitulation ?

Par Jean Wesley Pierre

Le plan de paix dévoilé par les États-Unis pour mettre fin à la guerre en Ukraine a créé un choc diplomatique mondial. Présenté le 20 novembre 2025 à Kiev par l’envoyé spécial américain, ce document marque une rupture radicale avec les positions occidentales défendues depuis le début de l’invasion russe en 2022.

Pour la première fois, Washington propose un accord qui reconnaîtrait de facto les gains territoriaux de la Russie, imposerait une neutralisation militaire permanente de l’Ukraine et marginaliserait les Européens, tenus à l’écart de son élaboration.

Plusieurs sources indiquent que le plan aurait été préparé dans un canal discret entre Steve Witkoff, émissaire de Donald Trump, et Kirill Dmitriev, directeur du fonds souverain russe, considéré comme l’un des interlocuteurs les plus proches du Kremlin.

Au cœur du plan se trouve un redécoupage territorial majeur. Les États-Unis accepteraient de reconnaître la Crimée, Donetsk et Lougansk comme territoires russes, ce qui constituerait un tournant historique dans la politique occidentale. Les régions de Kherson et Zaporijjia seraient quant à elles partagées selon la ligne de front actuelle, consacrant un statu quo qui entérinerait les conquêtes militaires russes. Une zone tampon démilitarisée serait également créée sur une partie de la région de Donetsk encore contrôlée par l’Ukraine, obligeant Kiev à se retirer au profit de Moscou.

Cette approche revient à priver l’Ukraine d’environ un cinquième de son territoire internationalement reconnu et à légitimer les annexions que la communauté internationale n’a jamais acceptées depuis 2014.

Le texte impose également une reconfiguration profonde de la sécurité nationale ukrainienne. L’Ukraine devrait renoncer définitivement à rejoindre l’OTAN, inscrire sa neutralité dans sa constitution et réduire ses forces armées de 800 000 à 600 000 soldats. Aucune armée étrangère ne serait autorisée à stationner en Ukraine, et les avions européens destinés à renforcer Kiev devraient être hébergés en Pologne, hors du territoire ukrainien.

Ces mesures limiteraient considérablement la capacité de défense du pays et placeraient sa sécurité future dans une dépendance quasi totale envers les États-Unis, sans garantie formelle d’assistance militaire.

Sur le plan politique, le plan appelle à l’organisation d’élections générales dans un délai de cent jours, dans un contexte où Volodymyr Zelensky est affaibli par un scandale de corruption impliquant son entourage.

L’exigence américaine apparaît comme une volonté de recomposer la scène politique ukrainienne alors que la guerre se poursuit et que les institutions fonctionnent sous état d’urgence. Le volet économique prévoit d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine, tout en proposant le retour de la Russie dans le G8, une perspective qui symbolise une réhabilitation internationale de Moscou malgré trois années de guerre, de destructions massives et de violations reconnues du droit international.

La gestion de la centrale nucléaire de Zaporijjia, sous contrôle russe depuis 2022, constitue un autre point sensible. Le plan prévoit une relance de la centrale sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique, mais avec un partage égal de sa production électrique entre Kiev et Moscou. Cette disposition reconnaît implicitement la présence russe sur le site et accorde à Moscou un levier énergétique stratégique, tout en inscrivant l’Ukraine dans une relation de dépendance structurelle avec son « agresseur ».

La réaction ukrainienne a été prudente. Zelensky a affirmé que l’Ukraine étudiait “sincèrement” le plan, mais qu’elle proposerait ses propres alternatives afin de préserver sa souveraineté et l’intégrité de son territoire. Il a réaffirmé qu’aucune proposition ne serait acceptée si elle impliquait une reconnaissance des annexions russes ou une remise en cause du droit de l’Ukraine à se défendre.

Cependant, Kiev se trouve dans une position très difficile : les forces russes progressent sur le terrain, les ressources ukrainiennes s’épuisent et le soutien occidental devient moins homogène.

En Europe, l’indignation est généralisée. Paris, Berlin, Londres et Bruxelles ont exprimé leur frustration d’avoir été tenus à l’écart d’un plan dont les implications touchent directement leur sécurité.

L’Union européenne a rappelé que toute solution politique devait respecter les intérêts ukrainiens et européens et qu’elle n’avait reçu aucune information préalable sur les intentions américaines. Plusieurs dirigeants européens estiment que la Russie cherche avant tout à éviter les nouvelles sanctions américaines qui entrent en vigueur, et craignent que ce plan, s’il se concrétisait, ne crée un précédent dangereux pour la sécurité du continent.

À Moscou, la réaction est plus mesurée mais clairement positive. Le Kremlin prétend ne pas avoir reçu formellement le document, mais se dit ouvert à l’examiner. Vladimir Poutine, qui multiplie depuis plusieurs jours les apparitions en uniforme au milieu de ses généraux, affiche une confiance évidente. Les forces russes avancent sur plusieurs axes du front, et le plan américain, s’il n’est pas accepté tel quel, constitue pour Moscou une victoire politique symbolique : les États-Unis reconnaissent implicitement que la reconquête totale de l’Ukraine n’est plus un objectif réaliste ni stratégique.

La plupart des experts s’accordent pour dire que le plan, dans sa version actuelle, a très peu de chances d’être accepté par Kiev. Pourtant, il pourrait devenir une base de négociation si la situation militaire se détériore davantage pour l’Ukraine.

Ce document révèle avant tout un basculement stratégique : les États-Unis ne cherchent plus à assurer une victoire militaire ukrainienne, mais à stabiliser un conflit qui menace de s’enliser ou de s’étendre. Cette démarche redéfinit le rôle des États-Unis, affaiblit la position européenne et ouvre une nouvelle phase de la guerre, où la diplomatie devient un instrument de rapport de forces plus qu’un outil de paix.

Le plan américain n’est pas seulement une tentative de mettre fin à la guerre. Il redessine les équilibres géopolitiques mondiaux, affaiblit l’unité occidentale, renforce l’influence russe et laisse l’Ukraine face à une équation presque impossible : accepter des concessions historiques ou continuer une guerre dont l’issue militaire paraît de plus en plus incertaine.

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