PORT-AU-PRINCE.— La qualification d’Haïti pour la Coupe du Monde 2026 continue de faire vibrer la planète football. De Washington à Paris, en passant par Londres et les grandes rédactions sportives internationales, la presse mondiale célèbre un exploit historique qui dépasse largement les limites du terrain. Entre admiration sportive et analyse sociopolitique, les journaux étrangers voient dans cette qualification bien plus qu’une victoire: un souffle d’espoir pour un pays meurtri.
Un moment d’unité dans un pays fracturé
«Une parenthèse d’euphorie nationale». C’est ainsi que l’Associated Press décrit l’ambiance qui a envahi les rues haïtiennes après le coup de sifflet final. Le média américain note que, dans un pays gangrené par la violence, l’insécurité et l’effondrement des institutions, ce succès a offert un rare moment de joie collective.
Même tonalité au Washington Post, qui insiste sur la portée symbolique de la qualification. Le quotidien souligne qu’au cœur d’un État sans président ni parlement, où les gangs règnent sur plusieurs quartiers de la capitale, «le football a brièvement rassemblé une nation fragmentée». Des cris de joie ont retenti «plus fort que les détonations quotidiennes», écrit le journal.
Un exploit historique au parfum de renaissance
La presse internationale rappelle que la dernière apparition d’Haïti en Coupe du Monde remonte à 1974, une éternité. Pour plusieurs journaux, cette qualification revêt une dimension historique comparable à une résurrection sportive.
Certains médias anglophones soulignent aussi une coïncidence symbolique: cette qualification survient autour du 18 novembre, date de la bataille de Vertières, événement fondateur de l’indépendance haïtienne. Le parallèle entre les héritiers de Vertières et la sélection nationale n’a pas échappé aux éditorialistes.
Même la FIFA, par la voix de son président Gianni Infantino, a tenu à saluer la performance, affirmant que la présence d’Haïti « donnera une couleur unique » au Mondial 2026.
Des obstacles titanesques relevés par une équipe résiliente
Si la victoire a été saluée, les médias insistent surtout sur le contexte improbable qui a rendu cette qualification presque miraculeuse.
Reuters souligne que l’équipe haïtienne a disputé tous ses matchs hors du territoire national, le principal stade du pays étant contrôlé par des gangs armés. Le sélectionneur Sébastien Migné, un Français, n’a jamais pu mettre les pieds en Haïti depuis sa nomination pour des raisons de sécurité. Il a dirigé son groupe à distance, entre camps d’entraînement improvisés et déplacements permanents.
ESPN, pour sa part, relève que l’effectif est composé en immense majorité de joueurs évoluant à l’étranger, un atout technique mais aussi le reflet d’un football local à reconstruire.
Pour Reuters, cette équipe est avant tout «un groupe forgé dans l’adversité», où la résilience a pris la place du confort logistique.
Une qualification qui dépasse le sport
Pour l’Associated Press comme pour le Washington Post, cette qualification ne transformera pas immédiatement la réalité quotidienne des Haïtiens. Mais elle porte un message fort: celui d’une nation capable de se rassembler, de vibrer et de rêver malgré la crise.
Les réactions collectées par les médias étrangers convergent toutes vers une même idée: ce Mondial sera pour Haïti plus qu’une compétition. Ce sera une vitrine, un symbole, une fierté retrouvée et, peut-être, un levier pour inspirer une nouvelle génération.
Jean Mapou


