WASHINGTON.— L’Organisation des États américains (OEA) a dévoilé, mercredi 5 novembre 2025, la troisième version de sa feuille de route pour la stabilité et la paix en Haïti. Présentant le document devant le Conseil permanent, le secrétaire général, Albert Ramdin, a exhorté les États membres à transformer leurs engagements en initiatives concrètes, au regard d’une situation sécuritaire jugée alarmante.
«Le temps presse», a-t-il déclaré, appelant à une mobilisation régionale et internationale rapide afin de répondre à la crise multidimensionnelle qui secoue le pays. Selon lui, seul un soutien coordonné et effectif permettra d’offrir « des solutions immédiates et durables aux souffrances du peuple haïtien ».
Une feuille de route aligné sur les résolutions de l’ONU
Cette nouvelle version de la feuille de route met l’accent sur la coordination stratégique entre l’OEA, les institutions haïtiennes et les partenaires internationaux. Elle s’inscrit en cohérence avec la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 30 septembre 2025, qui préconise le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG). Celle-ci succédera à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) et travaillera en étroite collaboration avec le Bureau d’appui des Nations unies pour Haïti (BANU-Haïti).
Dans ce cadre, l’OEA assumera un rôle opérationnel accru, notamment dans la planification, la logistique et la supervision conjointe des opérations avec la Police nationale d’Haïti (PNH), ainsi que dans la gestion de données sensibles.
Une mesure spécifique prévoit également une coordination renforcée entre l’OEA, la CARICOM et l’ONU afin d’éviter tout vide institutionnel, notamment en cas d’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition sans remplacement.
Cinq piliers pour guider l’intervention
La feuille de route repose sur cinq objectifs prioritaires :
- Rétablir la sécurité et réprimer les gangs armés
- Encourager le consensus politique et la stabilité institutionnelle
- Relancer le processus électoral
- Renforcer la réponse humanitaire et la protection des civils
- Favoriser la relance économique et le développement durable
Pour en assurer la mise en œuvre, un tableau de bord de suivi sera instauré, accompagné de mécanismes de coordination tels que:
un groupe mixte de coordination (MGC) rassemblant OEA, ONU, CARICOM et autorités haïtiennes;
un groupe d’amis d’Haïti;
un groupe interministériel;
et la désignation prochaine d’un représentant spécial de l’OEA chargé de suivre les engagements sur le terrain.
Priorité au déploiement de la FRG
Albert Ramdin a insisté sur l’urgence de renforcer les capacités sécuritaires, rappelant que «les gangs opèrent en toute impunité dans plusieurs zones du pays». D’après les chiffres publiés par l’ONU en juillet 2025, plus de 3 000 personnes ont été tuées depuis le début de l’année dans des violences liées aux groupes armés.
Les discussions en cours portent notamment sur le lancement opérationnel de la FRG; le dialogue politique post-février 2026; et l’élaboration du calendrier électoral. Une réunion virtuelle des partenaires internationaux est prévue le 12 novembre pour évaluer les contributions annoncées et coordonner les actions.
Un appel à une solidarité régionale renforcée
L’OEA encourage les États membres à soumettre des candidatures pour le poste de représentant spécial du Fonds mondial de sécurité, tout en augmentant leur participation financière au programme Secure-Haïti, destiné à soutenir la PNH.
«Chaque jour compte», a rappelé Albert Ramdin, insistant sur l’importance de la solidarité régionale et de l’engagement politique continu pour ouvrir la voie à un redressement durable en Haïti.
Jean Mapou


