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Haïti : Me Jean Renel Sénatus porte plainte après l’incendie de l’Université Soleil

À la suite de l’incendie criminel survenu dans la nuit du 1ᵉʳ novembre et qui a entièrement ravagé l’Université Soleil d’Haïti (USH), Me Jean Renel Sénatus, ancien sénateur et président du conseil de l’institution, a déposé le 5 novembre 2025 une plainte formelle au Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince. L’objectif : obtenir l’ouverture immédiate d’une enquête criminelle contre les auteurs et complices de cet acte qu’il qualifie de “barbarie contre l’éducation nationale”, tout en mettant en cause l’État haïtien pour son absence de protection face à la montée de la violence.

Une plainte contre X, avec l’État dans le viseur

Me Sénatus insiste sur le rôle que doit jouer l’État pour garantir la sécurité des institutions éducatives. « Nous portons plainte contre X, et contre l’État qui n’a pas su protéger nos établissements. Les fonds destinés au renseignement sont gaspillés et la sécurité de nos universités est compromise », a-t-il déclaré devant la presse.

Le doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Bernard Saint-Vil, a assuré qu’un juge instructeur sera bientôt désigné, tandis que le commissaire du gouvernement, Me Fritz Patterson Dorval, promet un suivi rigoureux du dossier « jusqu’à la condamnation des coupables dans un délai raisonnable ».

Des pistes vers des groupes armés

Bien que la plainte soit déposée contre X, certaines informations font état de la possible implication de membres de la coalition armée “Viv Ansanm”, déjà active dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince.
Des témoins auraient aperçu des hommes armés à moto pénétrant dans l’enceinte de l’université peu avant l’incendie. Des menaces auraient également visé la radio Émancipation FM, qui partageait les locaux avec l’institution et adoptait souvent un ton critique envers cette coalition criminelle.

L’université, réduite en cendres

Fondée en 2013 par l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus et située à la rue O, l’Université Soleil d’Haïti n’est plus aujourd’hui qu’un champ de ruines. Ses salles de cours, sa bibliothèque, ses archives et même ses studios de radio ont été entièrement réduits en cendres, plongeant des centaines d’étudiants dans l’incertitude et portant un nouveau coup dur à un système éducatif déjà fragilisé.

L’établissement comptait entre 600 et 700 étudiants et environ 80 membres du personnel, enseignants et administratifs confondus. L’incendie, que des riverains ont tenté en vain d’arrêter avant l’arrivée tardive des secours, n’a heureusement causé aucune victime, mais l’impact sur la formation des jeunes est immense.

Entre scepticisme et volonté de résistance

Dans un contexte où le système judiciaire haïtien peine à fonctionner, les chances de voir la plainte aboutir semblent limitées. Les observateurs soulignent les freins classiques : pénurie de juges, pressions politiques, manque de moyens techniques et lenteurs administratives.

Pour autant, Me Sénatus insiste sur l’importance symbolique de l’action :
« Nous refusons de banaliser l’impunité. L’Université Soleil continuera à réclamer vérité et réparation. »
Il a également lancé un message de résilience sur les réseaux sociaux : « Ils ont brûlé nos murs, pas nos idées. On ne brûle pas le Soleil. »

Un symbole de fragilité du système éducatif

L’incendie de l’Université Soleil illustre la vulnérabilité des espaces de savoir en Haïti. Plusieurs autres universités de Port-au-Prince ont déjà été contraintes de fermer ou de se relocaliser sous la menace des groupes armés. Pour les enseignants et étudiants, l’attaque est plus qu’un simple fait divers : c’est le rappel brutal que la violence peut frapper le cœur de l’éducation.

Le rectorat annonce que les activités académiques reprendront rapidement dans un local temporaire en attendant la reconstruction du campus, afin de ne pas interrompre le parcours des étudiants.

Cet incendie dépasse le cadre d’un simple sinistre matériel. La plainte déposée par Me Jean Renel Sénatus est un acte symbolique de résistance, appelant la justice haïtienne et l’État à protéger les institutions éducatives et à mettre fin à l’impunité qui mine le pays.

La rédaction

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