L’arrivée des troupes de l’ONU en Haïti intervient dans un contexte de violence endémique et d’instabilité politique. La mission internationale, composée de plus de 5 500 militaires, policiers et civils, bénéficie d’un mandat élargi pour neutraliser les gangs, sécuriser les zones sensibles et soutenir la préparation des élections nationales. Cependant, la situation sur le terrain reste complexe, marquée par des alliances informelles entre certains secteurs du pouvoir et les groupes armés, et par une défiance profonde de la population envers l’État.
Le mandat et les objectifs de la mission
La force internationale a pour objectif principal de restaurer l’ordre et de permettre un environnement sécurisé pour le déroulement des activités économiques et politiques. Elle dispose du droit d’arrêter les membres des gangs et d’utiliser la force lorsque nécessaire, une capacité que les missions précédentes ne possédaient pas toujours. Son indépendance vis-à-vis des autorités locales est pensée pour garantir une action efficace, sans entraves politiques directes. La mission vise également à stabiliser le pays en amont des élections, récemment accélérées par le gouvernement, afin de renforcer la légitimité de l’État et d’éviter de prolonger la crise politique.
Les gangs et leur influence sur le terrain
Les gangs haïtiens continuent de contrôler une grande partie de Port-au-Prince ainsi que certaines zones rurales stratégiques. Des groupes comme les 400 Mawozo, le G9 et le G-Pep imposent leur loi à travers des rackets, des enlèvements et des violences ciblées, parfois coordonnées avec des réseaux mafieux ou des acteurs économiques corrompus. Cette situation crée un climat où la population perçoit l’État comme complice, alimentant un sentiment d’injustice et de défiance. Les gangs utilisent également le chaos pour asseoir leur influence sociale, se positionnant comme des protecteurs locaux et profitant des alliances politiques pour renforcer leur emprise.
Le gouvernement et les élections accélérées
Le Premier ministre et le gouvernement haïtien cherchent à accélérer les élections pour consolider leur pouvoir et légitimer leur action face à l’opinion publique et à la communauté internationale. Cette précipitation pose des questions sur la capacité réelle du pays à organiser des scrutins libres et équitables dans un contexte d’insécurité et de fragmentation politique. Si les élections se déroulent sans une stabilisation préalable, elles risquent d’être contestées, ce qui pourrait accentuer les tensions et compromettre la crédibilité des institutions.
Hypothèses et scénarios possibles
Dans un scénario optimiste, l’ONU réussirait à sécuriser les secteurs clés de la capitale et à réduire l’influence des gangs, tout en collaborant avec un gouvernement volontaire de coopération. Cela permettrait de créer un climat stable pour des élections crédibles et de restaurer progressivement la confiance de la population dans l’État.
Un scénario intermédiaire suppose que la mission parvienne à des succès ponctuels, mais que certaines zones restent sous contrôle des gangs ou de secteurs mafieux liés au pouvoir. Les élections accélérées pourraient alors provoquer des tensions avec l’ONU, et la perception d’un gouvernement complice pourrait limiter l’impact de l’action internationale.
Dans un scénario pessimiste, la collusion entre le pouvoir et les gangs se confirme, et certaines factions locales s’opposent activement à la mission. Les opérations de l’ONU pourraient alors se heurter à des résistances, des embuscades ou des manipulations politiques, rendant toute stabilisation durable difficile. L’accélération des élections dans ce contexte risquerait d’être fortement contestée par la population et la communauté internationale, aggravant la crise politique et sécuritaire.
Perspectives et enjeux pour l’avenir
La réussite de la mission dépend de plusieurs facteurs. La capacité de l’ONU à neutraliser efficacement les gangs tout en limitant les pertes civiles sera déterminante. La volonté du gouvernement haïtien de rompre avec les pratiques de collusion et de coopérer pleinement avec la mission conditionnera la crédibilité et l’efficacité de l’action internationale. La gestion transparente des élections et l’implication de la société civile et des observateurs internationaux seront essentielles pour restaurer la confiance. Enfin, le soutien continu de la communauté internationale en termes de financement, de logistique et de coordination politique demeure un élément clé pour la stabilité future.
Si ces conditions sont réunies, la mission pourrait marquer le début d’une stabilisation durable, offrant au pays une opportunité de refondation institutionnelle et de relance économique. À l’inverse, toute manipulation politique ou obstruction par des acteurs corrompus pourrait transformer la mission en un succès partiel, renforçant la défiance de la population et consolidant l’influence des gangs sur le pays.
Port-au-Prince, 3 octobre 2025
Joseph Georges DUPERVAL
Coordonnateur Général
BATON JENÈS LA


