PORT-AU-PRINCE.— Le silence prolongé de l’Exécutif alimente un climat d’incertitude politique en Haïti. Entre la restitution du projet de nouvelle constitution et les fuites persistantes de remaniement ministériel, la population ainsi que les acteurs politiques s’interrogent: où en est réellement le gouvernement ?
Depuis plusieurs mois, un document censé poser les bases d’une refondation institutionnelle circule dans les cercles politiques et juridiques. Annoncé comme une étape majeure vers la stabilisation du pays, ce projet constitutionnel, déjà remis au gouvernement, n’a toujours pas été publié officiellement. Ni le calendrier du référendum en vue de son adoption et de sa présentation, ni les modalités de sa mise en œuvre ne sont connus. Cette absence de visibilité nourrit les doutes sur la volonté réelle du gouvernement de passer à l’action.
Cette incertitude alimente les spéculations. Entre les appels à la transparence venus de la société civile, les réserves exprimées par certains partis politiques et les inquiétudes grandissantes de la population, la question constitutionnelle devient un symbole de l’immobilisme qui caractérise l’action gouvernementale.
Parallèlement, la question d’un éventuel remaniement ministériel reste en suspens. Des voix proches de la Primature affirment qu’un ajustement de l’équipe gouvernementale serait nécessaire pour répondre aux défis sécuritaires, économiques et sociaux. Mais là encore, aucune annonce formelle n’a été faite. « Nous travaillons, mais les décisions doivent être prises au bon moment », confie, sous couvert d’anonymat, un membre du gouvernement.
Entre immobilisme perçu et attentes grandissantes, le risque est grand de voir se creuser davantage le fossé entre les autorités et la population. Les organisations de la société civile rappellent que l’urgence est double: assurer la sécurité et engager des réformes structurelles. «Chaque jour qui passe sans décision claire est une opportunité perdue», souligne Me Patrick Pierre-Louis, bâtonnier du Barreau de Port-au-Prince.
À ce stade, ni la publication de la nouvelle constitution ni la confirmation d’un remaniement ne figurent officiellement à l’agenda. L’exécutif reste enfermé dans un silence hermétique, mais périlleux. Dans un pays où la confiance entre gouvernants et gouvernés est déjà fragilisée, cette attente prolongée pourrait bien devenir un facteur supplémentaire d’instabilité.
Dans un contexte marqué par la défiance populaire, chaque jour de retard pèse sur la crédibilité du pouvoir exécutif. Pour beaucoup, la question n’est plus seulement de savoir si la nouvelle Constitution sera publiée ou quand un remaniement aura lieu, mais surtout de comprendre quelle vision politique guide encore l’action du gouvernement.
Jean Mapou


