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Hausse du carburant : un « choc inévitable » mal géré – les transporteurs en première ligne

Par Jean Wesley Pierre

La décision d’augmenter le prix des produits pétroliers, officialisée récemment, continue de secouer le pays. Ce lundi 6 avril 2026, les rues de la capitale et de ses environs se sont embrasées : pneus enflammés à Delmas 33 et 83, chauffeurs de moto-taxis et de transports collectifs en blocage. En cause : une hausse jugée « excessive » du prix à la pompe, qui a immédiatement répercuté sur les tarifs appliqués aux usagers.

Un coût exorbitant, une suppression inévitable… mais mal calibrée

L’économiste Reginald Surin apporte un éclairage chiffré rare. Selon lui, après le choc d’Ormuz (qui a renchéri les approvisionnements internationaux), maintenir la subvention pétrolière coûtait chaque année 33 milliards de gourdes soit l’équivalent du budget total de l’Éducation nationale. Pire : « Pour chaque gourde reçue par le plus pauvre, le plus riche en captait 40 », souligne-t-il. Autrement dit, la subvention non ciblée était un mécanisme régressif, avantageant davantage les nantis que les démunis.

Sur le principe, l’économiste juge la suppression « inévitable » et salue l’annonce de transferts ciblés. Mais il critique la méthode :

« Un lissage progressif combiné aurait divisé le pic de douleur par quatre et épargné 50 000 personnes. »

Les données publiques et les modèles économiques existent, rappelle-t-il, pour éviter des chocs brutaux. En clair, l’urgence de l’annonce a primé sur l’intelligence de la mise en œuvre.

Le terrain confirme la « douleur »

Les conséquences sont immédiatement visibles. Le trajet de Pétion-Ville vers le centre-ville, qui coûtait 50 gourdes, est désormais facturé 75 gourdes (+50 %). Les courses de taxis ont presque doublé, y compris pour les motos. Si les produits de première nécessité n’ont pas encore tous augmenté officiellement, plusieurs dépôts alimentaires et boutiques ont déjà révisé à la hausse le prix du riz et d’autres denrées. L’inflation importée du carburant mettra quelques jours à se diffuser, mais la tendance est inquiétante.

Quand c’est « Trop tard » et quand on a des « bâtons dans les roues »

À Delmas 33, un chauffeur de taxi-moto juge le mouvement « bienvenu mais trop tard ». Selon lui, la protestation aurait dû éclater le jour même de la publication de l’arrêté. Son confrère Élisé, père de famille stationné à l’avenue John Brown, résume l’absurdité de la situation :

« Cette hausse va me mettre des bâtons dans les roues. Les clients auront du mal à payer, et moi je n’arriverai plus à faire assez de courses pour prendre soin de ma fille. »

Une vague de protestation menace

Les blocages de ce lundi ne sont peut-être qu’un début. Les transporteurs, premiers touchés, pourraient être rejoints par les consommateurs lorsque la hausse du riz et d’autres aliments deviendra générale. L’État a gagné en soutenabilité budgétaire, mais il a perdu en paix sociale. La leçon de Reginald Surin est claire… une réforme juste sur le fond peut devenir désastreuse si elle ignore les outils du progressisme et le dialogue avec les secteurs vulnérables. Les 50 000 personnes qu’un lissage aurait épargnées – et les familles comme celle d’Élisé – attendent autre chose que des regrets a posteriori.

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