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Lancement d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire : l’État haïtien parie sur la formation de ses cadres pour structurer l’urbanisation

Lancement d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire : l’État haïtien parie sur la formation de ses cadres pour structurer l’urbanisation

Par Jean Wesley Pierre

Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), en partenariat avec l’Université de Technologie d’Haïti (UNITECH), le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) et la Fédération Nationale des Maires d’Haïti (FENAMH), a procédé ce mardi 31 mars 2026 au lancement officiel d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire. Destiné à 32 cadres de la fonction publique, ce programme se veut une réponse structurante aux défis de l’urbanisation désordonnée et de la répartition inéquitable des investissements sur le territoire national. Portée par la ministre Sandra Paulemon, qui y voit un « acte stratégique de l’État », l’initiative bénéficie du soutien du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et réunit autour d’elle plusieurs acteurs institutionnels, dont la ministre à la Condition féminine Pedrica Saint-Jean, qui plaide pour une prise en compte des inégalités structurelles affectant les femmes. Avec l’engagement conjoint du recteur Josselin Val, du professeur international Feirouz Megdiche, du vice-recteur Lubin Santana et des étudiants représentés par Jean Gardy Milfort, ce programme ambitionne de former une nouvelle génération de décideurs capables de transformer durablement l’action publique en matière de planification territoriale.

Un investissement dans le capital humain pour répondre à une urgence nationale

Le choix d’un programme de maîtrise en aménagement du territoire n’a rien d’anodin. Il intervient dans un contexte où Haïti paie depuis des décennies le prix d’une urbanisation anarchique, d’une centralisation excessive des services et d’une absence de vision cohérente pour l’occupation de l’espace. En s’adressant à des cadres déjà en poste dans l’administration publique, l’État fait le pari de former des acteurs opérationnels, immédiatement en mesure d’influencer les politiques publiques.

La ministre Sandra Paulemon l’a résumé avec clarté :

« Aucun pays ne se transforme sans investir dans son capital humain. »

Derrière cette formule se dessine une prise de conscience institutionnelle : les réformes structurelles, les plans d’urbanisme, la déconcentration des services ou encore l’équilibre entre les territoires ne peuvent aboutir sans des professionnels dotés d’une expertise pointue. En ce sens, le programme ne constitue pas une action isolée, mais une initiative structurante qui vient combler un vide criant dans l’offre de formation supérieure spécialisée en Haïti.

Une responsabilité régalienne et un enjeu d’équité

Le recteur de l’UNITECH, Josselin Val, a rappelé avec justesse que l’aménagement du territoire relève d’une responsabilité régalienne de l’État. Cette affirmation touche au cœur d’un problème fondamental : pendant des années, l’absence de planification cohérente a fragilisé la souveraineté de l’État sur son propre territoire, laissant place à l’occupation informelle, à la vulnérabilité face aux risques naturels et à des disparités criantes entre les départements.

L’intervention de Pedrica Saint-Jean, ministre à la Condition féminine, apporte une dimension supplémentaire, trop souvent absente des débats sur l’aménagement du territoire. En plaidant pour une approche inclusive prenant en compte les besoins spécifiques des femmes, elle souligne que les inégalités structurelles ne sont pas seulement économiques ou géographiques : elles sont aussi profondément genrées. Une politique d’aménagement qui ignore les réalités des femmes c’est-à-dire l’accès aux transports, la sécurité dans l’espace public, la proximité des services de santé, risque de reproduire les injustices qu’elle prétend corriger. L’espoir exprimé par la ministre de voir ce programme contribuer à réduire ces inégalités est un signal politique important.

Un partenariat stratégique aux multiples implications

La pluralité des acteurs associés à ce projet n’est pas un détail anecdotique. En réunissant un ministère central (MPCE), une université privée (UNITECH), le ministère de l’Intérieur chargé des collectivités territoriales et la FENAMH qui représente les maires, l’initiative crée un pont entre la formation académique, la décision gouvernementale et la gestion locale. Cette architecture institutionnelle laisse espérer que les futurs diplômés ne seront pas formés en vase clos, mais bien intégrés dans un réseau opérationnel où leurs compétences pourront être mises au service des communes et des départements.

La présence de professeurs internationaux, incarnée par Dr Feirouz Megdiche, ajoute une dimension d’ouverture et d’échange d’expertise qui fait défaut à de nombreuses formations locales. Dans un domaine comme l’aménagement du territoire, où les expériences comparées (en Europe, en Amérique latine ou en Asie) offrent des leçons précieuses, cette ouverture internationale constitue un atout considérable.

Les défis à venir : entre ambition et mise en œuvre

Si le lancement de ce programme mérite d’être salué comme une avancée significative, plusieurs questions demeurent. La première concerne la sélection des 32 bénéficiaires : leur profil, leur ancrage territorial et leur capacité à influencer réellement les politiques publiques après la formation détermineront en grande partie l’impact de l’initiative. La seconde touche à la pérennisation du programme : s’agit-il d’une expérience pilote ou d’une première promotion appelée à être suivie d’autres ? La ministre Paulemon parle d’un « engagement renforcé en faveur de l’avenir du pays », mais seul le temps dira si cet engagement se traduira par une institutionnalisation durable.

Enfin, l’aménagement du territoire ne saurait se réduire à une affaire de formation, aussi excellente soit-elle. Il nécessite des réformes législatives, des ressources financières conséquentes et une volonté politique constante. Le programme de maîtrise fournit des outils et des compétences ; encore faut-il que l’État leur offre un cadre d’application effectif.

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