Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, 27 mars 2026 –
Installée à la tête de l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) depuis le 24 mars, Lovely François a immédiatement imprimé sa marque. En l’espace de trois jours, la nouvelle directrice générale a multiplié les visites surprises dans les services de l’institution, une méthode inhabituelle dans un univers administratif haïtien où les directions générales se signalent souvent par leur éloignement du terrain.
Ces inspections inopinées, saluées par le syndicat SE-ONA par la voix de Gladys Étienne et par une grande partie du personnel, poursuivent un triple objectif : évaluer les conditions de travail, nouer un contact direct avec les employés, et insuffler une dynamique de production dans une maison qui a souvent souffert de l’image d’une gestion lointaine et opaque.
Sur le fond, cette méthode interroge. D’abord par son caractère exceptionnel. Que des visites surprises soient perçues comme un événement dit long sur le degré de déconnexion qui prévalait jusqu’alors entre la direction et les agents. Dans une institution où le précédent directeur général, Ronald Bazile, avait pourtant engagé des réformes, l’accueil enthousiaste réservé à cette nouvelle approche suggère que le malaise interne était plus profond que ne le laissaient paraître les bilans officiels.
Ensuite, par son efficacité potentielle. Les visites surprises ont une vertu : elles rétablissent un rapport de présence, cassent les routines et envoient un signal clair sur l’implication de la hiérarchie. Mais elles ne sauraient se substituer à une politique de gestion structurelle. Une direction ne se résume pas à des apparitions inopinées. Elle se juge à sa capacité à fixer des objectifs, à déléguer, à évaluer et à corriger.
Lovely François arrive à la tête de l’ONA à un moment où l’institution a besoin de retrouver la confiance des assurés et des pensionnés. Le programme « ONA Crédit », récemment primé au Brésil, a montré que l’office pouvait innover. Mais il reste confronté à des défis massifs : l’allongement des délais de traitement des dossiers de pension, l’opacité dans la gestion des fonds, la vétusté des systèmes d’information.
Dans ce contexte, la méthode des visites surprises a le mérite de rompre avec l’immobilisme. Elle donne à voir une dirigeante qui assume son rôle et entend connaître de près les réalités du terrain. Mais pour qu’elle ne reste pas un effet d’annonce, elle devra s’accompagner d’une vision stratégique claire, d’une feuille de route partagée avec le personnel et d’indicateurs de suivi rigoureux.
Le syndicat a applaudi. Le personnel a salué. Reste à savoir si cette dynamique de rupture sera soutenue dans la durée. Dans un pays où les bonnes volontés initiales finissent trop souvent étouffées par le poids des routines administratives et des résistances internes, la véritable réforme ne se mesurera pas au nombre de visites surprises, mais à la capacité de la nouvelle directrice à transformer durablement l’institution. L’enthousiasme des premiers jours est un capital précieux. Encore faut-il le faire fructifier.


