Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, 20 mars 2026 —
Le mardi 18 mars, 215 policiers kenyans ont quitté Haïti pour regagner Nairobi, après dix-huit mois de mission dans le cadre de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS). Un départ discret, à rebours des espoirs suscités par leur arrivée en juin 2024.
Une présence attendue, des résultats en demi-teinte
Déployés pour prêter main-forte à la Police nationale d’Haïti (PNH) face à des gangs armés contrôlant de larges pans du territoire, les contingents kenyans ont incarné, aux yeux de la population, une promesse de stabilisation. La réalité s’est avérée plus complexe.
Sur le terrain, les opérations conjointes ont permis de maintenir une pression sur certains bastions criminels, notamment à Port-au-Prince, mais sans infléchir durablement le rapport de force. Les gangs ont continué d’étendre leur emprise dans plusieurs zones, renforçant un sentiment d’inefficacité chez de nombreux Haïtiens.
Des obstacles structurels
Les difficultés rencontrées sont aujourd’hui bien documentées. Dès le début de la mission, les policiers kenyans ont dû composer avec une méconnaissance du terrain, une barrière linguistique et des relations parfois tendues avec les autorités haïtiennes. Les retards dans la livraison des équipements par les partenaires internationaux, ainsi que les incertitudes sur le financement, ont également pesé sur leur capacité opérationnelle.
À ces handicaps s’ajoutait une présence en deçà des effectifs annoncés. Sur les 2 500 hommes initialement évoqués par les Nations unies, moins de la moitié ont été déployés, laissant la PNH assumer l’essentiel des opérations.
Un coût humain
Le sacrifice humain, lui, est tangible. Trois policiers kenyans ont perdu la vie en mission, dont deux dans l’Artibonite, une région particulièrement instable. Un tribut que plusieurs observateurs appellent à ne pas oublier dans le bilan.
Des voix critiques
Sur les réseaux sociaux et dans la presse, les critiques se sont multipliées. Certains Haïtiens, comme le souligne un article paru dans Le Nouvelliste, estiment que cette force, “sans bilan tangible”, n’a pas su inverser la dynamique sécuritaire. Le journaliste haïtien, Frantz Duval rappelle toutefois que “les Kényans ont été les seuls à dire oui” lorsque le pays était au bord du gouffre, et que leur engagement mérite reconnaissance.
Une rotation programmée, un avenir incertain
Ce départ, bien qu’annoncé comme une rotation annuelle, intervient à un moment charnière. La Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS) est en passe de laisser place à une nouvelle Force de répression des gangs (FRG), dotée d’un mandat renforcé et d’effectifs théoriquement plus importants.
Mais l’heure n’est plus aux annonces. Pour les Haïtiens, l’essentiel reste la sécurisation de leur quotidien. À l’aube de ce nouveau chapitre, l’enjeu est de savoir si la communauté internationale saura tirer les leçons des défaillances passées pour bâtir une stratégie plus cohérente. Les Kényans s’en vont ; ils ont tenu leur place, parfois au prix de leur sang. Reste à faire mieux.


